Risque systémique : climat et géopolitique convergent
Un phénomène climatique d'ampleur — un épisode d'El Niño exceptionnel — se profile sur un arrière-plan déjà troublé par la guerre au Moyen-Orient. Associés, ces deux chocs ont le potentiel d'amplifier durablement la volatilité des marchés agricoles, des matières premières et des chaînes d'approvisionnement énergétiques.
Des conséquences économiques mesurables
Les études historiques sur les grands épisodes d'El Niño dressent un tableau inquiétant : les épisodes de 1982-1983 et 1997-1998 ont été suivis de pertes de revenus cumulées sur cinq ans évaluées respectivement à 4 100 et 5 700 milliards de dollars. Face à un épisode encore plus intense, ces ordres de grandeur servent d'alerte sur l'ampleur possible du choc.
| Épisode | Période | Pertes cumulées sur 5 ans (milliards $) |
|---|---|---|
| El Niño | 1982-1983 | 4 100 |
| El Niño | 1997-1998 | 5 700 |
Quels mécanismes inquiètent les économistes ?
- Inflation alimentaire : rendements agricoles perturbés par des sécheresses ou des pluies extrêmes, entraînant une hausse des prix des denrées.
- Matières premières : perturbations de la production et du transport du cuivre et d'autres métaux, sources de tensions pour l'industrie.
- Énergies renouvelables : variations climatiques pouvant réduire la production d'énergies solaires et éoliennes selon les régions.
« scénario d’hypersiège »
Des chercheurs qualifient désormais cette conjonction de risques de « scénario d’hypersiège » : une pression continue, à la fois matérielle et politique, sur les systèmes alimentaires mondiaux qui pourrait perdurer jusqu'en 2028. Concrètement, cela signifie des tensions prolongées sur l'offre, des prix plus élevés et une exposition accrue des économies vulnérables.
Impacts pour la France et l'économie mondiale
Pour les ménages, le premier canal d'impact est la hausse des prix alimentaires, qui pèse davantage sur les budgets des ménages modestes. Pour les entreprises, les secteurs industriels dépendant de métaux comme le cuivre ou des intrants agricoles pourraient voir leurs coûts augmenter et leurs chaînes logistiques fragilisées. Enfin, les pays importateurs nets de denrées ou d'énergies renouvelables voient leur vulnérabilité macroéconomique s'accroître.
Si la conjonction climat-géopolitique se confirme, les autorités publiques et les acteurs privés devront anticiper : renforcer les stocks stratégiques, diversifier les sources d'approvisionnement et adapter les politiques agricoles et énergétiques pour limiter l'impact sur l'inflation et la croissance.