UniCredit a franchi une étape significative dans sa tentative de prise de contrôle de Commerzbank en réunissant, au terme des différentes phases de son offre, 47,59% du capital de la banque allemande, a annoncé l'établissement italien. Ce pourcentage comprend une participation initiale, des apports à l'offre et une exposition via dérivés en actions ; il devrait passer à 49,65% une fois l'opération d'annulation d'actions propres promise par Commerzbank réalisée.
Un montage capitalistique découpé et précis
UniCredit avait déjà acquis 26,77% du capital au moment du lancement de son offre début mai. La période principale d'adhésion à l'offre d'échange s'est clôturée le 16 juin, portant ensuite les apports affichés à 12,51%. À ces participations s'ajoutent des positions en dérivés représentant 3,22%. Ces éléments cumulent les 47,59% aujourd'hui rapportés par UniCredit.
| Élément | Part du capital |
|---|---|
| Participation initiale (début mai) | 26,77% |
| Apports lors de l'offre (clôture 16 juin + période complémentaire) | 12,51% |
| Dérivés | 3,22% |
| Total annoncé | 47,59% (avant annulation d'actions propres) |
Réactions et interprétations de part et d'autre
Commerzbank a relativisé l'ampleur de l'adhésion des actionnaires indépendants, estimant que «
le faible taux d'acceptation parmi les actionnaires indépendants témoigne clairement du manque d'attractivité de l'offre». Dans son communiqué, la banque de Francfort précise que moins de 2% du capital apporté provient d'investisseurs institutionnels et privés indépendants, et que ces apports proviennent majoritairement de banques et de parties liées à UniCredit.
Malgré ces réserves, la présidence du conseil de surveillance de Commerzbank, Jens Weidmann, a déclaré rester « ouvert à un dialogue constructif avec UniCredit », tandis que la directrice générale, Bettina Orlopp, a réaffirmé l'attachement de la banque à ses responsabilités vis-à-vis des PME allemandes et de ses clients particuliers.
Conséquences financières et stratégiques
UniCredit qualifie la clôture des périodes d'offre publique d'achat de nouvelle étape dans la mise en œuvre de son « investissement stratégique » dans Commerzbank, banque valorisée à environ 35 milliards d'euros selon les éléments publics relatifs à l'opération. L'objectif affiché est de consolider une position de poids au sein du secteur bancaire européen et de prendre le contrôle effectif de l'établissement allemand.
- Pour UniCredit : passage d'une participation significative à une position quasi-majoritaire, rapprochant le groupe de la maîtrise opérationnelle.
- Pour Commerzbank : nécessité de gérer la pression d'un actionnaire majoritaire tout en rassurant clients, salariés et autorités de supervision.
- Pour le secteur : signal fort d'une recomposition potentielle en Europe, avec des enjeux de gouvernance et de réglementation transfrontière.
Sur les marchés, l'annonce pèse : le titre UniCredit reculait d'environ 3,5% à Milan tandis que Commerzbank perdait plus d'1% à Francfort après la communication, reflétant la nervosité des investisseurs face aux conséquences de ce rapprochement.
Ce qui reste à suivre
Plusieurs points restent déterminants pour la suite : la réalisation effective de l'annulation des actions propres par Commerzbank (qui fera grimper la part d'UniCredit à 49,65% selon la banque italienne), l'attitude des autorités de la concurrence et des superviseurs bancaires, et la capacité des deux directions à négocier des conditions de gouvernance et d'intégration acceptables pour les parties prenantes. À court terme, l'évolution du cours des deux titres et la réaction des grands investisseurs européens seront des indicateurs à surveiller.
Enjeu majeur : l'opération illustre la logique de consolidation en Europe mais interroge sur l'équilibre entre intérêt stratégique d'un géant continental et préservation des spécificités nationales et clients locaux.