Un répit financier sans solution structurelle
Le Rapport sur la stabilité financière 2025, présenté par Bank Al-Maghrib, l'ACAPS et l'AMMC, dresse un constat nuancé : les régimes de retraite marocains ont connu en 2025 une amélioration conjoncturelle, mais cela n'efface pas des déséquilibres actuariels persistants. En dépit d'un niveau de réserves élevé — 340,8 milliards de dirhams —, la CMR (Caisse marocaine des retraites) ne disposerait que d'une marge de viabilité de cinq à six ans.
Les chiffres clés de 2025
L'exercice 2025 montre des dynamiques contrastées entre cotisations, prestations et revenus financiers :
- 5,1 millions d'actifs ont versé des cotisations, en hausse de 9,3% ; le total des cotisations atteint 73 milliards de dirhams.
- 1,5 million de pensionnés ont perçu des prestations, en hausse de 5,8% ; le montant total des prestations s'élève à 75,3 milliards de dirhams.
- Le ratio agrégé cotisants/pensionnés ressort à près de 3,4.
| Indicateur | Montant / évolution |
|---|---|
| Réserves | 340,8 milliards de dirhams |
| Cotisations (2025) | 73 milliards ( +9,3%) |
| Prestations (2025) | 75,3 milliards ( +5,8%) |
| Déficit technique cumulé | 2,3 milliards (contre 4,4 milliards en 2024) |
| Solde global | +9,5 milliards |
Rôle crucial des revenus financiers
Le rapport souligne un point essentiel : le système continue de verser plus en prestations qu'il ne perçoit en cotisations, mais les rendements tirés des réserves compensent aujourd'hui ce déséquilibre. Cette mécanique fait reposer la soutenabilité des pensions sur la performance des placements, et non sur l'équilibre courant entre actifs et retraités.
Couverture et réforme incomplète
Les auteurs du rapport et les experts rappellent qu'une lecture purement financière doit être complétée par l'analyse du périmètre de la protection sociale. La généralisation de la retraite, prévue dans les réformes de protection sociale, vise à intégrer près de cinq millions d'actifs non encore déclarés. L'élargissement de la couverture augmenterait mécaniquement les besoins de financement et pourrait réduire la durée de viabilité des régimes si des ajustements n'étaient pas opérés.
« Celle-ci prévoyait notamment la généralisation de la retraite à près de cinq millions de nouveaux bénéficiaires »
Selon le rapport et des consultants cités, la progression plus rapide des cotisations en 2025 a contribué à réduire le déficit technique cumulé (de 4,4 milliards en 2024 à 2,3 milliards en 2025). Mais cet allégement ne modifie pas le calendrier structurel des déséquilibres : la CMR reste exposée à un épuisement progressif des réserves si les paramètres démographiques, économiques ou normatifs évoluent défavorablement.
Conséquences et options politiques
Concrètement, plusieurs leviers sont ouverts aux autorités pour prolonger la viabilité des régimes :
- augmenter les recettes (hausse de cotisations, élargissement de l'assiette) ;
- ajuster les prestations (révision des règles de liquidation, âge de départ) ;
- optimiser la gestion des réserves (allocation d'actifs, gouvernance) ;
- poursuivre l'extension de la couverture tout en évaluant son coût budgétaire et social.
Le rapport 2025 livre un message clair : l'amélioration observée est bienvenue, mais elle n'offre qu'un répit. Sans réformes structurelles et décisions politiques adaptées, la CMR disposera d'une marge limitée dans le temps pour assurer le paiement des pensions.