Une bascule massive vers les CPAS après la réforme des allocations
Le redécoupage des droits au chômage a produit, sur les six premiers mois de l'année, un flux important de personnes vers les services communaux d'aide sociale. D'après le bilan mensuel de l'administration de l'intégration sociale, relayé par LeSoir, 44 % des exclus du système d'assurance-chômage ont fini par percevoir un revenu d'intégration sociale versé par les CPAS entre début janvier et fin juin.
En valeur absolue, ce sont 87 788 demandes d'allocations chômage qui ont été clôturées et 11 356 allocations d'insertion supprimées sur la période. Parmi ces deux populations, 45 % des personnes privées d'allocations chômage et 36,4 % des bénéficiaires d'allocations d'insertion se sont orientées vers le revenu d'intégration sociale.
Des conséquences financières et sociales concrètes
Pour les CPAS, l'augmentation des bénéficiaires signifie une pression accrue sur les budgets locaux et sur les dispositifs d'accompagnement social. Pour les demandeurs d'emploi, le basculement vers le revenu d'intégration sociale change les droits et les obligations : il s'agit d'une aide de dernier recours avec des conditions d'accès et des parcours d'insertion différents de l'assurance-chômage.
- Pour l'État : coût public potentiellement réorienté vers l'aide sociale locale.
- Pour les CPAS : nécessité d'adapter l'offre d'accompagnement et d'hébergement.
- Pour les salariés et demandeurs : risque d'appauvrissement et d'éloignement des dispositifs de retour à l'emploi.
Fortes inégalités territoriales
Les répercussions ne sont pas uniformes : la Flandre, moins exposée, affiche le taux de bascule le plus bas, tandis que la Wallonie et la communauté germanophone sont les plus affectées. Voici la répartition régionale des exclus se retrouvant dans un CPAS :
| Région | Taux de bascule vers le CPAS |
|---|---|
| Flandre | 34,3 % |
| Bruxelles | 43,9 % |
| Wallonie | 48,6 % |
| Communauté germanophone | 55,1 % |
Les prévisions gouvernementales dépassées
Le constat dépasse les anticipations formulées par le gouvernement Arizona, qui tablait initialement sur une répartition approximative en trois tiers : un tiers retournerait à l'emploi, un tiers vers les CPAS et un tiers disparaîtrait des statistiques publiques. Les chiffres observés montrent un basculement vers l'aide sociale plus marqué que prévu.
Enfin, ce bilan couvre la période janvier-juin et ne prend pas en compte une nouvelle série d'exclusions entrée en vigueur le 1er juillet. Les effets de cette deuxième vague restent à mesurer mais risquent d'alourdir encore la charge pesant sur les CPAS.
Que retenir pour les acteurs du marché du travail ?
Cette évolution modifie les priorités d'action : un renforcement des dispositifs de mise à l'emploi et des passerelles entre aide sociale et insertion professionnelle devient crucial. Sans réponses adaptées, les personnes exclues risquent de rester durablement éloignées du marché du travail, et les collectivités de voir s'accroître la dépense sociale locale.