Les habitudes de consommation suisses peu affectées par le débat climatique
Selon une enquête réalisée par Innofact pour le comparateur Comparis, quatre adultes sur cinq en Suisse estiment que le débat public sur le climat a « peu » ou « pas » d'effet sur leurs comportements d'achat et leurs décisions financières. Ce constat illustre une forme de lassitude ou d'impuissance face aux injonctions climatiques, observée de façon croissante ces dernières années.
Des écarts nets selon le niveau de revenu et la composition du foyer
L'enquête met en évidence des différences marquantes selon le revenu : parmi les ménages gagnant jusqu'à 4 000 francs brut par mois, 75 % déclarent être peu ou pas influencés par le débat climatique. Ce taux monte à 84 % pour les foyers disposant de plus de 8 000 francs par mois. Autre signal : la présence d'enfants modère légèrement cette désaffection : 74 % des ménages avec enfants disent subir une influence faible à très forte du débat, contre 62 % des ménages sans enfant.
"Il semble que renoncer ou changer de comportement soit encore plus difficile pour les personnes à revenu élevé que pour celles qui disposent de moins d’argent. Cela est probablement aussi dû au fait que les personnes à revenu élevé peuvent tout simplement se permettre de voyager davantage et de consommer davantage", déclare Michael Kuhn, expert Consumer Finance chez Comparis.
- 80 % des adultes suisses peu ou pas influencés par le climat
- 75 % pour les ménages ≤ 4 000 CHF
- 84 % pour les ménages > 8 000 CHF
Comparis relève une tendance croissante depuis 2019 : la lassitude face aux discours climatiques s'est renforcée au fil des ans, malgré des événements climatiques marquants comme les feux de forêt et les vagues de chaleur en Europe. Entre décembre 2020 et août 2023, les mesures répétées par le comparateur avaient déjà montré que 66 à 70 % des participants estimaient que le débat avait peu d'impact — un niveau qui a continué d'évoluer ensuite.
| Catégorie | Part qui déclare une influence faible ou nulle |
|---|---|
| Ménages ≤ 4 000 CHF | 75 % |
| Ménages > 8 000 CHF | 84 % |
| Avec enfants (influence faible à très forte) | 74 % |
| Sans enfants | 62 % |
Pour les questions de pouvoir d'achat, ces résultats sont éclairants : quand une large majorité de consommateurs affirme ne pas intégrer le facteur climatique dans ses choix, les politiques publiques et les entreprises risquent d'avoir moins d'impact sans mesures incitatives fortes ou contraintes. À titre d'exemple concret, si un ménage considère le sujet comme secondaire, il est peu probable qu'il accepte spontanément de payer plus — que ce soit pour des produits alimentaires labellisés durables, pour une mobilité moins carbonée ou pour des services verts.
Autre enseignement : la moindre sensibilité des foyers aisés montre que le revenu permet de préserver des habitudes de consommation plus émettrices de carbone (voyages, importations alimentaires, etc.), alors que les ménages modestes peuvent être freinés par le coût et l'accessibilité des alternatives. La présence d'enfants augmente en revanche l'attention portée au climat, ce qui peut orienter certaines offres (produits plus durables, modes de transport familiaux) vers cette clientèle.
Ces tendances observées en Suisse posent des questions transversales pour les pays voisins, dont la France : comment concilier exigence écologique et acceptabilité sociale dans un contexte où le pouvoir d'achat reste une préoccupation centrale pour de nombreux ménages ?