Un changement technique aux conséquences potentiellement systémiques
La mise en place de la proposition connue sous le sigle BIP-110 doit entrer en phase de signalement obligatoire au bloc 961 632, aux alentours du 7 août 2026. Sur le principe, il s'agit d'une limitation technique : réduire la quantité de données arbitraires écrites dans les transactions Bitcoin. Dans la pratique, la modification vise surtout à entraver l'utilisation d'espaces de bloc par des protocoles tels qu'Ordinals et Runes, qui stockent images, jetons et autres fichiers dans la chaîne principale.
Le texte proposé plafonne les sorties OP_RETURN à 83 octets et limite les insertions de données à 256 octets. L'activation n'est pas immédiate : elle s'appuie sur un mécanisme de signalement par blocs sur une fenêtre d'ajustement de difficulté de 2 016 blocs (≈ 110 jours), avec un seuil déclencheur fixé à 55 % des blocs signalant leur soutien pour provoquer l'activation un mois après la période concernée.
Un soutien des mineurs quasi inexistant
Les chiffres publics rendent la situation frappante : selon les relevés, le signalement des blocs favorables oscille entre 0,4 % et 0,8 % des blocs récents, soit l'équivalent d'environ 5 EH/s sur une puissance totale proche de 940 EH/s. À titre de comparaison, certains pools majeurs — dont Foundry USA (près d'un tiers du hashrate) et AntPool (~14 %) — n'ont pas annoncé de soutien.
| Indicateur | Valeur citée |
|---|---|
| Seuil d'activation | 55 % des blocs sur 2 016 |
| Fenêtre | 2 016 blocs (~110 jours) |
| Signalement observé | 0,4–0,8 % (≈ 5 EH/s) |
| Hashrate total cité | ~940 EH/s |
Vers une possible scission du réseau
Le mécanisme retenu — activation par signalement majoritaire des blocs — est courant dans l'écosystème Bitcoin. Mais lorsqu'une part très faible de mineurs se range derrière une modification, deux risques réels apparaissent : l'absence d'activation (la proposition échoue) ou, pire, une activation partielle conduisant à la création de deux chaînes incompatible. Une bifurcation de fait fragiliserait la finalité des transactions et pourrait créer des pertes économiques et une perte de confiance pour les acteurs qui n'auraient pas suivi la même règle.
Des voix de l'écosystème montent au créneau
La controverse n'en reste pas au technique : des figures connues du secteur ont pris position publiquement contre BIP-110. Ce débat oppose deux visions contraires du rôle de la chaîne Bitcoin — plateforme monétaire stricte versus registre supportant des objets numériques divers — et questionne les limites à imposer à l'usage du bloc de base.
- Ce qui est acquis : BIP-110 impose des limites précises sur les octets autorisés.
- Ce qui est critique : le signalement des mineurs est insuffisant et peut mener à une scission.
- Ce qui reste spéculatif : l'issue dépendra des décisions des principaux pools et acteurs institutionnels dans les prochaines semaines.
Conséquences pour la France et l'économie crypto
Une scission de Bitcoin aurait des retombées internationales, y compris pour les acteurs français : perturbation des services d'exchange, risques pour les portefeuilles custodialisés, et possible réévaluation du risque réglementaire. Sur le plan technique, les développeurs, opérateurs de nœuds et mineurs devront décider s'ils se conforment à la nouvelle règle ou s'ils maintiennent la version actuelle du protocole.
En l'état, le signalement faible rend l'activation peu probable sans changement majeur d'ici la fenêtre d'ajustement. Reste que le simple fait qu'une proposition capable de remodeler l'usage de la chaîne principale soit soumise au vote public illustre la tension croissante entre conservation de la fonction monétaire de Bitcoin et tentatives d'étendre ses usages.