Des marchés obligataires d'Asie-Pacifique en pleine mutation
Les places obligataires d'Asie-Pacifique attirent aujourd'hui bien plus que des acteurs locaux : des sociétés et États étrangers augmentent nettement leur recours à ces marchés pour se financer. Sur le premier semestre, les émissions « kangourou » (obligations en dollar australien émises par des emprunteurs étrangers) culminent à environ 60 milliards AUD (soit 42 milliards USD), selon LSEG. Cela représente une progression d'environ 40 % par rapport à 2025.
Parallèlement, les ventes libellées en yuans affichent des niveaux inédits : les obligations « panda » onshore ont atteint près de 160 milliards CNY (≈ 24 milliards USD) et les titres « dim sum » offshore environ 350 milliards CNY au premier semestre. Goldman Sachs estime ces flux en hausse de plus de 60 % en glissement annuel, et note que la moitié de ces émissions provient d'émetteurs internationaux.
« Nous avons atteint un point de bascule où ces marchés sont devenus nettement plus significatifs, tant pour les acteurs locaux que, inévitablement, pour les noms internationaux », explique Carla Goudge, responsable du syndicat d'émission de dette pour l'Asie-Pacifique chez HSBC.
Qui emprunte et pourquoi ?
La liste d'émetteurs étrangers s'allonge : des banques, des groupes industriels et même des gouvernements. Parmi les bénéficiaires récents figurent Commerzbank, Engie, Henkel, Singapore Airlines et l'État portugais, qui ont tous émis cette année en dollars australiens ou en yuans (onshore et offshore) pour la première fois. Les volumes élevés s'expliquent par une combinaison de facteurs : diversification des sources de financement, appétit pour des devises ou des courbes de rendement spécifiques, et l'élargissement de la base d'investisseurs locaux et internationaux prêts à souscrire ces titres.
Conséquences pour les marchés et pour les investisseurs
La migration d'émetteurs vers ces marchés augmente leur liquidité et leur attractivité, mais elle soulève aussi des questions de risques — change, liquidité en période de tensions, et corrélation croissante avec les dynamiques macroéconomiques régionales. L'émission record d'Alphabet en yens a été un facteur de support majeur pour ce segment, et sans elle le marché aurait néanmoins atteint un sommet en sept ans.
- Volumes historiques : kangourous ~60 milliards AUD ; dim sum ~350 milliards CNY ; panda ~160 milliards CNY.
- Progression : +40 % pour les kangourous vs 2025 ; +60 % pour les émissions en yuans vs 1 an.
- Émetteurs : mix d'entreprises européennes, asiatiques et d'États, montrant une diversification géographique.
Tableau de synthèse
| Segment | Volume (1er semestre) | Évolution |
|---|---|---|
| Kangourou (AUD) | 60 Mds AUD (~42 Mds USD) | ~+40 % vs 2025 |
| Panda (onshore CNY) | 160 Mds CNY (~24 Mds USD) | Record |
| Dim sum (offshore CNY) | 350 Mds CNY | Record ; +~60 % vs 1 an |
Ces mouvements modifient l'offre et la demande sur les marchés obligataires de la région, offrant des opportunités de diversification pour les emprunteurs et les porteurs de titres. Reste que l'accroissement des émissions internationales peut renforcer la sensibilité des marchés locaux aux chocs externes. Comme toujours, la performance passée ne préjuge pas de l'avenir et chaque investisseur doit évaluer précisément les risques de change, de crédit et de liquidité avant toute exposition.