Épargne

Assurance-vie: les héritiers d’un bénéficiaire peuvent recevoir sa part, tranche la Cour de cassation

Un arrêt du 27 novembre 2025 précise qu’en l’absence d’indication contraire, la mention « par parts égales » vaut désignations distinctes: la part d’un bénéficiaire décédé avant acceptation peut revenir à ses héritiers.

Assurance-vie: les héritiers d’un bénéficiaire peuvent recevoir sa part, tranche la Cour de cassation
©Illustration IA Franck Lombard / renseignementeconomique.fr

Une clarification majeure pour la clause bénéficiaire

La question se pose souvent au règlement des contrats d’assurance-vie : que devient la part d’un bénéficiaire qui meurt peu après l’assuré, sans avoir formalisé son acceptation ? Un arrêt rendu le 27 novembre 2025 par la deuxième chambre civile de la Cour de cassation apporte une réponse nette dans un cas précis, avec un impact concret sur la rédaction et l’interprétation des clauses bénéficiaires.

Les faits rapportés font état d’un contrat souscrit en 1989, prévoyant une répartition du capital entre les enfants « à parts égales ». Au décès de la souscriptrice en 2017, ses deux enfants deviennent bénéficiaires. L’un d’eux décède quelques jours après, sans avoir engagé la démarche d’acceptation. Son fils adoptif revendique la somme qui devait revenir à son père, soit 75 600 €. L’établissement gestionnaire s’y oppose, soutenant qu’en l’absence de clause de représentation, la totalité devait revenir au seul bénéficiaire survivant.

La haute juridiction retient des désignations distinctes

La Cour de cassation a donné raison à l’héritier du bénéficiaire décédé. Elle juge que la formule de désignation des enfants « à parts égales » ne constitue pas une attribution unique et indivisible, mais correspond à des droits déterminés pour chacun des bénéficiaires. Autrement dit, chaque enfant est individuellement désigné pour une quote-part.

« par parts égales »

Conséquence : sauf indication contraire prévue par le souscripteur, la part individualisée d’un bénéficiaire décédé avant d’avoir accepté peut être transmise à ses propres héritiers. L’argument consistant à réserver l’intégralité au seul bénéficiaire survivant, faute de représentation stipulée, n’a pas été retenu dans cette configuration.

Ce que change l’arrêt pour les épargnants et les familles

Dans la pratique, cette jurisprudence sécurise la transmission lorsque la clause vise les enfants « à parts égales » et que l’un d’eux disparaît avant d’accepter. Elle invite aussi à relire les clauses standardisées et la chaîne des rangs (enfants, petits-enfants, etc.) afin d’éviter des interprétations divergentes entre assureurs, héritiers et notaires.

Pour mémoire, la clause bénéficiaire détermine qui reçoit le capital au décès de l’assuré, hors succession. Les mots employés ont des conséquences directes sur la répartition et sur le sort des parts en cas de décès d’un bénéficiaire. L’arrêt souligne qu’à défaut de mention explicite inverse, une formulation « par parts égales » individualise les droits.

Cas d’espèce : repères factuels

ÉlémentDonnée
Année de souscription1989
Décès de la souscriptrice2017
Formule de désignation« par parts égales »
Montant revendiqué75 600 €
DécisionLa part peut revenir aux héritiers du bénéficiaire décédé
Juridiction / DateCour de cassation, 27 novembre 2025

Arbitrages de rédaction : ce qu’il faut vérifier

  • Formulation de la clause : une désignation « à parts égales » est susceptible d’être lue comme une pluralité de désignations distinctes, avec une part propre pour chacun.
  • Présence (ou non) d’une clause de représentation : son absence ne suffit pas, à elle seule, à exclure les héritiers du bénéficiaire décédé dans le cas où les parts sont individualisées.
  • Ordre des bénéficiaires et rangs de repli : vérifier si le contrat prévoit des bénéficiaires de second rang, et comment se répartissent les parts en cas de décès de l’un d’eux.
  • Procédure d’acceptation : s’assurer des modalités et du calendrier d’acceptation, et de leurs effets sur la transmission des droits.

Conséquences pour les contrats en cours

Cette décision éclaire les pratiques de marché : elle réduit les zones grises autour des clauses usuelles visant les enfants et encadre la position des établissements en cas de décès en chaîne. Les souscripteurs disposent ainsi d’un repère pour apprécier si la rédaction actuelle correspond à leur intention – par exemple, partager entre enfants tout en permettant la transmission de chaque quote-part à leurs propres héritiers en cas de décès prématuré.

À l’inverse, si l’objectif est de réserver le capital aux seuls bénéficiaires survivants, une rédaction appropriée doit l’indiquer sans ambiguïté. Dans tous les cas, la cohérence entre la clause bénéficiaire, l’ordre des bénéficiaires de repli et les volontés du souscripteur demeure déterminante pour éviter litiges et retards de versement.

À retenir

La Cour de cassation a jugé que, sauf mention contraire, la désignation des enfants « par parts égales » vaut désignations distinctes. Dans ce cadre, la part d’un bénéficiaire décédé avant acceptation peut revenir à ses héritiers. Un point de droit qui, sans modifier les mécanismes fiscaux de l’assurance-vie, pèse lourd sur la sécurité juridique de la transmission et sur la nécessité d’une rédaction précise.

Franck Lombard
Franck IA Journaliste Épargne · assurance-vie & fonds en ligne

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