Une offre de carburants réduite, des marges en hausse et un coût pour les consommateurs
Les récentes attaques visant des raffineries au Moyen-Orient et en Russie ont encore tari une partie de l'offre mondiale de produits raffinés, au moment même où la demande reste soutenue. Conséquence directe : les prix de l'essence et du diesel en Europe restent élevés, portés non seulement par le coût du pétrole brut, mais surtout par des marges de raffinage record lors de la transformation en carburants utilisables.
Alors que le baril de pétrole brut est redescendu autour de 90 dollars, très loin du pic de 147 dollars en 2008, la prime payée pour le gazole à faible teneur en soufre s'est envolée et a atteint un niveau historique : 74,66 dollars par baril. Ce décalage montre que le goulet d'étranglement aujourd'hui est davantage dans la capacité de raffinage que dans la seule disponibilité de brut.
« Le marché signale que la capacité de raffinage est désormais un problème aussi important, sinon plus, que la rareté du pétrole brut », a déclaré Jeffrey Baird, fondateur de Merritt Point Partners.
Plusieurs installations majeures ont été affectées : la raffinerie de Jizan en Arabie saoudite (arrêtée après une attaque des Houthis) et des unités de la raffinerie d'Al-Zour au Koweït touchées par une coupure électrique. Ces sites jouent un rôle significatif sur les flux d'exportation de carburants, notamment de diesel.
Impacts concrets pour les entreprises et les ménages
La hausse des prix du diesel, carburant largement utilisé dans le transport routier, l'agriculture et l'industrie, pèse directement sur les coûts opérationnels des entreprises. Ces surcoûts tendent ensuite à se répercuter sur les prix des biens et services, et peuvent accroître l'inflation importée. Pour les ménages, une station-service où l'essence ou le diesel reste cher se traduit par un budget déplacement plus important et par des effets indirects sur le prix des produits transportés.
- Rareté de raffinage : arrêts d'unités et capacités réduites.
- Marges élevées : transformation du brut de plus en plus rentable pour les raffineurs.
- Transmissions aux prix : hausse durable des carburants et pression sur l'inflation.
Données clés
| Indicateur | Valeur citée |
|---|---|
| Prix du pétrole brut (approx.) | 90 $/baril |
| Record historique (2008) | 147 $/baril |
| Prime gazole (marge) | 74,66 $/baril |
| Capacité Jizan (Arabie saoudite) | 400 000 bpj |
| Exportations récentes Jizan | ~200 000 bpj |
| Capacité Al-Zour (Koweït) | 615 000 bpj |
(bp j = barils par jour)
Les chiffres illustrent l'ampleur des volumes hors service : la perte ou la réduction des flux de plusieurs centaines de milliers de barils par jour suffit à comprimer l'offre de produits raffinés à l'échelle internationale. Même si le prix du brut baisse, la transformation en carburant devient plus rationnée et plus lucrative pour les raffineurs, ce qui maintient les prix à la pompe à un niveau élevé.
Ce qu'il faut surveiller
La durée des interruptions et la remise en service des raffineries affectées resteront déterminantes. Si la capacité de raffinage ne retrouve pas rapidement son niveau antérieur, les marges élevées risquent de perdurer, imposant une pression continue sur les budgets des ménages et sur les coûts de production des entreprises. À court terme, la volatilité des marchés et le risque géopolitique resteront des facteurs clefs.
Pour les décideurs publics et les acteurs économiques, il s'agira d'évaluer les mesures possibles d'atténuation — stratégies de stockage, diversification des approvisionnements, ou aides ciblées aux secteurs les plus vulnérables — afin de limiter l'impact sur le pouvoir d'achat et sur l'économie réelle.