Les ménages, premiers contributeurs à la hausse des impayés
Selon les dernières données publiées par Bank Al‑Maghrib, l'encours des créances en souffrance des particuliers avait atteint 44,7 milliards de dirhams à la fin du mois d'août, soit une progression annuelle de 6,7 %. Cette hausse s'inscrit dans un contexte de tensions persistantes sur le pouvoir d'achat qui pèsent sur la capacité des foyers à honorer leurs échéances.
Au niveau du système bancaire, le total des créances en souffrance est de 106,5 milliards de dirhams, ce qui place désormais les ménages à hauteur de près de 42 % de ces impayés. C'est notable : la part des particuliers dans l'encours global des crédits reste inférieure au tiers, mais leur part des impayés est largement surreprésentée.
Des indicateurs qui dessinent une fragilisation des budgets familiaux
Bank Al‑Maghrib relève que le taux de créances en souffrance associé aux financements accordés aux particuliers atteint 11 %, contre 8,2 % pour l'ensemble du système bancaire. Autrement dit, les crédits aux ménages se détériorent plus vite que ceux accordés aux entreprises.
- Hausse annuelle des impayés des ménages : +6,7 % (≈ 44,7 Mds MAD).
- Progression mensuelle notée sur août : +1,9 % pour les créances des ménages.
- Part des ménages dans les impayés bancaires : ~42 % (contre <33 % de leur part dans l'encours total de crédits).
Conséquences concrètes pour les foyers
Lorsque les ménages voient augmenter leurs impayés, les effets sont immédiats : risque de fichage, majoration des intérêts, difficultés à obtenir de nouveaux prêts pour un achat majeur (logement, véhicule) ou pour financer des besoins courants. Bank Al‑Maghrib note que la hausse des impayés des ménages représente « près des trois quarts » de l'augmentation totale des impayés observée sur l'année, soulignant le rôle moteur de la détérioration des finances familiales dans la dégradation du risque bancaire.
Une dynamique inégale entre ménages et entreprises
Sur la même période, les créances en souffrance des entreprises privées non financières n'ont progressé que de 2 % en glissement annuel. Cette divergence montre que ce sont principalement les tensions sur le budget des ménages — et non une crise généralisée du crédit aux entreprises — qui expliquent la détérioration du portefeuille d'impayés.
Tableau récapitulatif
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Créances en souffrance des ménages (fin août) | 44,7 milliards MAD |
| Progression annuelle des impayés des ménages | +6,7 % |
| Part des ménages dans les impayés bancaires | ~42 % |
| Créances en souffrance totales du système | 106,5 milliards MAD |
| Taux de créances en souffrance (ménages) | 11 % |
Que retenir pour le pouvoir d'achat ?
La dégradation du service de la dette des ménages est à la fois un symptôme et un amplificateur de la perte de pouvoir d'achat. Lorsque les revenus réels stagnent ou reculent face à l'inflation et à la hausse des coûts courants, les arbitrages sont plus difficiles : nourriture, énergie, santé ou éducation peuvent entrer en concurrence avec des remboursements bancaires. Pour une part croissante de foyers, cela se traduit par des défauts de paiement et par une exposition accrue aux mesures coercitives des créanciers.
Sur le plan macroéconomique, la concentration des impayés chez les particuliers fragilise la résilience du système bancaire et rend plus coûteux l'accès au crédit pour tous. Les autorités monétaires et bancaires devront suivre de près ces signaux et, si nécessaire, privilégier des mesures ciblées pour soutenir les ménages les plus exposés sans compromettre la stabilité financière.