Un signal d’alerte au moment où les banques centrales hésitent
Des économistes et des responsables monétaires réunis à Tachkent ont lancé un message clair : abaisser les taux trop vite après une période d’inflation élevée peut conduire à maintenir les prix à un niveau supérieur aux objectifs visés par les autorités. Cet avertissement, formulé lors du premier Dialogue sur la politique monétaire, invite à la prudence alors que de nombreux pays envisagent d’alléger leur politique monétaire après des années de hausses de prix et de chocs répétés.
Crédibilité et erreurs de calibration
L’un des intervenants marquants, Athanasios Orphanides, universitaire au Massachusetts Institute of Technology et ancien gouverneur, a rappelé le coût d’une mauvaise lecture des dynamiques inflationnistes depuis la sortie de la pandémie. Selon lui, plusieurs banques centrales n’auraient pas calibré leur politique correctement, ce qui a abouti à des niveaux d’inflation « nettement supérieurs » aux définitions de stabilité des prix qu’elles poursuivent. La leçon centrale est simple : la crédibilité des autorités monétaires est un capital difficile à reconstituer.
« Le risque, je le crains, demeure que, pour de nombreuses banques centrales, un assouplissement de la politique soit envisagé trop tôt. » — Athanasios Orphanides
Chocs répétés : un facteur d’incertitude
La discussion à Tachkent a également souligné que la période récente a été marquée par des chocs répétés — sur les prix, les chaînes d’approvisionnement et la demande — rendant les trajectoires futures plus difficiles à anticiper. Koba Gvenetadze, représentante du FMI en Ouzbékistan, a insisté sur l’importance d’examiner ce qui a fonctionné ou non lors des crises récentes et de partager ces enseignements entre responsables politiques.
- Risque principal : des baisses de taux trop précoces, qui peuvent maintenir l’inflation au-dessus des cibles.
- Enjeu : préserver la crédibilité des banques centrales face à des chocs imprévus.
- Conséquence : une politique monétaire mal calibrée peut prolonger l’incertitude économique et alourdir le coût de la stabilité retrouvée.
Implications pour la France et la zone euro
Pour la France, comme pour l’ensemble de la zone euro, l’avertissement a une portée pratique : la Banque centrale européenne et les autorités nationales doivent peser l’évolution des prix, la solidité de la demande et la persistance des chocs avant de desserrer la politique. Un relâchement prématuré risquerait non seulement d’éloigner l’inflation des objectifs, mais aussi d’affaiblir la confiance du public et des marchés dans la capacité des banques centrales à assurer la stabilité des prix.
| Intervenant | Message clé |
|---|---|
| A. Orphanides (MIT) | Attention aux baisses prématurées de taux, coût d’une mauvaise calibration |
| K. Gvenetadze (FMI) | Partager les enseignements des récents chocs pour mieux répondre aux crises |
En bref, la recommandation venue de Tachkent est de garder une marge de prudence : face à une inflation qui a connu des phases de hausse prolongée et à une succession de chocs, la tentation d’un assouplissement rapide doit être conciliée avec l’impératif de crédibilité et la nécessité d’éviter un retour prolongé à des niveaux de prix élevés.