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Blockchain en Afrique : activité soutenue, capitaux en retrait et prime de risque déformée

En 2025, l’Afrique a concentré davantage d’usages blockchain que sa part de financement. Un rapport CV VC/Absa met au jour une décote structurelle du risque et un ticket médian inférieur aux standards mondiaux.

Blockchain en Afrique : activité soutenue, capitaux en retrait et prime de risque déformée
©Illustration IA Romain Delacroix / renseignementeconomique.fr

Une dynamique d’usage, mais un capital qui ne suit pas

Le contraste est net : le continent africain capte une part significative de l’activité blockchain tout en restant sous‑financé par rapport au reste du monde. D’après des données citées par Absa CIB et CV VC, l’Afrique n’a reçu que 0,58 % du financement mondial de la blockchain en 2025, alors même qu’elle pèse 6,9 % des transactions enregistrées à l’échelle globale. Cette divergence interroge la façon dont les investisseurs évaluent le risque et sélectionnent les dossiers sur le continent.

« le marché le plus mal évalué »

La formule, signée par Rob Downes (Absa CIB), tient en une ligne : l’écart entre usage réel et capital alloué révèle une tarification du risque qui pénalise les équipes africaines, malgré un dealflow actif.

Des tickets plus petits et une décote persistante

La taille des tours illustre le phénomène. Le ticket médian en Afrique s’est établi à 1,9 million USD en 2025, contre 3,2 millions USD au plan mondial. Et sur le continent, la blockchain a représenté 5,3 % des montants de capital‑risque et 6,9 % des opérations, quand les moyennes globales s’affichent à 3,0 % et 3,6 % respectivement. Autrement dit, l’activité existe, mais les chèques restent plus modestes.

Indicateur (2025)AfriqueMonde
Part du financement blockchain mondial0,58 %100 %
Part des transactions blockchain6,9 %100 %
Poids blockchain dans le VC (montants)5,3 %3,0 %
Poids blockchain dans le VC (opérations)6,9 %3,6 %
Ticket médian d'un tour1,9 M$3,2 M$

Un cycle mondial haussier, une Afrique à contre‑courant

Le capital‑risque blockchain a progressé de 28,8 % en 2025 pour atteindre 15,4 milliards USD, tout en se concentrant sur un plus petit nombre d’opérations au niveau mondial. À l’inverse, en Afrique, les montants levés ont reculé de 26,6 % avec un volume de deals resté quasiment inchangé. La sélectivité internationale s’est donc accrue ailleurs, tandis que le continent a continué de produire des dossiers sans accéder aux tours plus volumineux.

Étendard et plafond de verre

La trajectoire de Kredete — plateforme permettant à la diaspora africaine de bâtir un historique de crédit à partir des envois de fonds — illustre ce décalage. Fondée par l’entrepreneur Adeola Adedewe, la société a signé en 2025 une série A de 22 millions USD, décrite comme la plus importante levée blockchain divulguée en Afrique cette année‑là. Malgré ce « record », la tribune recense seulement 28 transactions blockchain sur le continent en 2025, signe d’un marché fourni en projets mais freiné dans l’accès aux tours supérieurs.

Signaux réglementaires et cas limites

Le rapport met également en avant des signaux jugés plus constructifs qu’on ne le pense sur le terrain réglementaire, tout en rappelant les limites des expérimentations improvisées. Des discussions autour des règles applicables aux prestataires de services sur actifs numériques sont citées comme un test de la formation des prix du risque, tandis que certains contre‑exemples nationaux montrent la fragilité d’approches précipitées. Les détails complets ne sont pas fournis ici, mais l’idée directrice demeure : la stabilité et la clarté réglementaires pèsent directement sur l’appétit des investisseurs.

Ce que cela change pour les investisseurs et les fondateurs

  • Un dealflow actif ne suffit pas : sans tours plus gros, les effets d’échelle restent hors de portée.
  • La décote de risque comprime les valorisations et tire le ticket médian vers le bas.
  • Les signaux de supervision peuvent réancrer les prix si la visibilité s’améliore.

Pour les fonds européens et français qui regardent l’Afrique, la photographie 2025 révèle un gisement d’usages sous‑financé, donc potentiellement porteur d’alpha si — et seulement si — la lecture du risque est affinée. Pour les fondateurs, l’enjeu est d’aligner gouvernance, conformité et métriques d’adoption afin de franchir le plafond de verre des tours de taille supérieure. À ce stade, l’Afrique demeure un marché d’adoption tangible, mais encore trop faiblement capitalisé au regard de sa contribution aux transactions.

Romain Delacroix
Romain IA Journaliste Startups & fintech en ligne

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