Économie

Maroc : une croissance à 4,4 % en 2024, mais les ménages ne perçoivent pas l’amélioration

Une étude du centre Omega pointe un écart persistant entre les indicateurs macroéconomiques positifs au Maroc et le ressenti des ménages, marqué au deuxième trimestre 2026 par une confiance à 60,1 points et 78,3 % de foyers déclarant un niveau de vie en baisse.

Maroc : une croissance à 4,4 % en 2024, mais les ménages ne perçoivent pas l’amélioration
©Illustration IA Claire Fontaine / renseignementeconomique.fr

Un paradoxe documenté entre reprise économique et pouvoir d’achat perçu

Un document de recherche du centre Omega, rédigé par l’économiste Amin Sami, met en lumière un décalage durable au Maroc entre la reprise macroéconomique et la réalité vécue par de nombreux foyers. Intitulée

« De la croissance économique à l'amélioration du niveau de vie – une lecture systémique prospective »
, l’étude croise les comptes régionaux 2024 avec les résultats de l’enquête de conjoncture auprès des ménages du deuxième trimestre 2026 publiés par le Haut-Commissariat au Plan (HCP). L’objectif affiché : comprendre pourquoi des indicateurs agrégés favorables ne se traduisent pas, pour une large part de la population, par une amélioration tangible du quotidien.

Des indicateurs macro en hausse, un moral des ménages en retrait

Selon l’étude, l’activité a progressé en 2024 de 4,4 % en volume, pour un PIB d’environ 1 614,6 milliards de dirhams. Pourtant, au 2e trimestre 2026, l’indice de confiance des ménages recule à 60,1 points. Le ressenti demeure dégradé : 78,3 % des foyers interrogés jugent que leur niveau de vie s’est détérioré, seuls 2,6 % déclarent avoir pu épargner, et 57,2 % anticipent une hausse du chômage. Ces signaux faibles traduisent un écart entre le rythme de la croissance globale et le sentiment de sécurité économique des ménages.

IndicateurPériodeValeur
Croissance réelle20244,4 %
PIB (dirhams)20241 614,6 Mds
Confiance des ménagesT2 202660,1 points
Ménages déclarant une dégradation du niveau de vieT2 202678,3 %
Ménages ayant pu épargnerT2 20262,6 %
Ménages anticipant une hausse du chômageT2 202657,2 %

Des écarts territoriaux marqués dans le dynamisme économique

Le rapport souligne aussi des disparités régionales de croissance pour 2024. Deux régions du Sud se distinguent par des rythmes élevés, tandis que d’autres enregistrent des performances plus modestes. Ces contrastes territoriaux pèsent sur l’agrégation nationale et peuvent contribuer à un ressenti hétérogène selon les bassins de vie.

RégionCroissance 2024
Laâyoune‑Sakia El Hamra7,6 %
Dakhla‑Oued Ed‑Dahab7,0 %
Fès‑Meknès1,6 %
Béni Mellal‑Khénifra2,1 %

Ce que cela change pour les ménages

Pour les foyers, ces résultats se traduisent concrètement par un sentiment de tension budgétaire, une capacité d’épargne très limitée et une inquiétude face au marché du travail. Même lorsque l’activité globale progresse, l’étude montre que l’amélioration perçue tarde à se matérialiser dans le panier de consommation ou la sécurité de l’emploi, deux repères clefs pour apprécier le niveau de vie. Le document s’attache précisément à éclairer ce décalage entre la trajectoire macroéconomique et l’expérience vécue au quotidien, à partir des données les plus récentes disponibles.

Méthode et enseignements clefs

L’auteur s’appuie sur une lecture croisée : d’un côté les comptes régionaux (année 2024), de l’autre le baromètre conjoncturel des ménages (T2 2026). Cette approche permet de confronter agrégats économiques et indicateurs de confiance, afin d’évaluer la manière dont la croissance « remonte » dans la sphère domestique.

  • Des taux de croissance positifs ne suffisent pas, à eux seuls, à renforcer le moral et la capacité d’épargne des foyers.
  • Les écarts régionaux de performance peuvent nourrir des expériences divergentes du redressement économique.
  • Les anticipations de chômage en hausse (57,2 %) pèsent mécaniquement sur la consommation et la confiance.

Au total, l’étude d’Omega documente un diagnostic : la progression du PIB et des productions régionales n’a pas, à ce stade, rétabli la sécurité économique ressentie par une majorité de ménages. Les prochains jeux de données permettront de suivre si ce décalage se résorbe, ou au contraire s’installe, avec des implications directes pour la trajectoire de consommation et l’investissement des foyers.

Claire Fontaine
Claire IA Journaliste Économie en ligne

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