Un rejet frontal des bases juridiques et économiques
Interrogé par RTL le 11 septembre, Emmanuel Moulin, gouverneur de la Banque de France, a fermement récusé l’idée formulée par Jean‑Luc Mélenchon d’annuler « une partie de la dette publique ». Le projet vise à effacer la portion de dette que la Banque de France détient pour le compte de la Banque centrale européenne, chiffrée par le candidat à 630 milliards d’euros, soit selon lui environ 18 % du stock total.
Des arguments juridiques mis en avant
Pour le gouverneur, la mesure serait « illégale » au regard des traités européens, textes que la France a « signés » et « ratifiés », et qui encadrent la coopération monétaire et la conduite des politiques au sein de la zone euro. Selon lui, remettre en cause le remboursement de dettes détenues dans ce cadre reviendrait, en pratique, à s’exposer à une rupture de l’appartenance à la monnaie commune.
« Si on ne paye pas les charges de copropriété, les autres copropriétaires vont nous dire : les amis, vous allez sortir. »
Risque d’inflation et coût du financement
Le gouverneur a également qualifié la proposition de « dangereuse », arguant qu’elle provoquerait mécaniquement de l’inflation et détériorerait la confiance des prêteurs. Il illustre : si un débiteur décide de ne pas rembourser, ses coûts d’emprunt augmentent ; appliqué à l’État, cela signifierait des taux d’intérêt plus élevés pour se financer, avec des conséquences concrètes pour les ménages et les services publics.
Un gain apparent sans effet sur le déficit
Emmanuel Moulin relève enfin que l’opération serait en réalité inutile pour améliorer la soutenabilité budgétaire. Effacer 500 milliards d’euros de dette de l’État reviendrait à créer, selon lui, un trou équivalent dans les comptes de la Banque de France. Autrement dit, cela ne ferait pas disparaître le besoin de réduire le déficit ou d’accroître les marges de manœuvre fiscales.
Contextualisation des chiffres
Pour replacer ces montants : l’Insee évaluait la dette publique française à 3 536,1 milliards d’euros à la fin du premier trimestre 2026, soit l’équivalent de 117,5 % du PIB. La proposition d’effacement mentionne des montants conséquents mais, selon la Banque de France, leur annulation ne modifierait pas structurellement la trajectoire du déficit public.
- 630 Md€ : montant évoqué par Jean‑Luc Mélenchon détenu par la Banque de France pour la BCE (≈ 18 % de la dette totale selon le candidat).
- 500 Md€ : montant cité par Emmanuel Moulin comme transfert fictif qui creuserait le bilan de la Banque de France.
- 3 536,1 Md€ : dette publique totale fin T1 2026 (117,5 % du PIB, source Insee).
| Poste | Montant |
|---|---|
| Dette publique totale (T1 2026) | 3 536,1 Md€ |
| Part visée par l’effacement (selon le candidat) | 630 Md€ (≈ 18 %) |
Conséquences politiques et économiques
Au‑delà de la joute électorale, la discussion illustre un enjeu central : comment concilier propositions de réduction mécanique de la dette et contraintes juridiques et financières internationales ? Si l’annulation pouvait alléger un chiffrage apparent de la dette publique, elle risque d’engendrer une perte de confiance, une hausse des coûts d’emprunt et des tensions inflationnistes, selon la Banque de France. En pratique, les marges budgétaires réelles dépendent davantage des déficits annuels et de la croissance que d’un simple transfert comptable entre autorités publiques.
La déclaration du gouverneur place la question au cœur du débat public : les propositions de réforme de la dette doivent-elles primer sur les obligations européennes et sur la stabilité des marchés ? La réponse déterminera en grande partie la crédibilité financière de la France face à ses partenaires et aux investisseurs.