Une ex-licorne rattrapée par la justice, un investisseur public sur la sellette
Les autorités anticorruption malaisiennes ont ouvert une enquête sur les pertes subies par le fonds de pension d'État KWAP après sa participation au capital d’eFishery, start-up d’agritech indonésienne autrefois valorisée au-delà du milliard de dollars et aujourd’hui au cœur d’un scandale financier estimé à environ 300 millions de dollars.
Dans un communiqué daté du 18 juillet, le responsable de la MACC, Abdul Halim Aman, indique qu’une équipe dédiée a été constituée dès le 17 juillet pour conduire des vérifications approfondies.
« L’enquête sera menée de manière équitable, transparente et objective (...). Le public est prié de s’abstenir de toute spéculation afin d’éviter toute confusion et de garantir l’intégrité du processus d’enquête. »
Des montants engagés et un actionnariat dilué
KWAP précise avoir injecté environ 163,4 millions de ringgits (soit près de 40 millions de dollars) pour une participation de 2,51 % dans eFishery. Le fonds rappelle son statut d’actionnaire minoritaire et souligne que des institutions financières internationales figurent parmi les autres investisseurs également impactés. Le gestionnaire public ajoute poursuivre « toutes les mesures possibles » pour tenter de maximiser le recouvrement de la mise.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Montant investi par KWAP | 163,4 M MYR (~40 M USD) |
| Part détenue | 2,51 % |
| Fraude présumée | ~300 M USD |
| Valorisation passée | >1 Md USD |
| Condamnation du fondateur | 9 ans de prison (avril) |
Chute d’un leader et condamnation du fondateur
La trajectoire d’eFishery, qui développait des systèmes d’alimentation automatisés pour pisciculteurs et éleveurs de crevettes en Indonésie, s’est brisée après la reconnaissance de falsifications comptables. En avril, le fondateur Gibran Huzaifah a été condamné à neuf ans de prison en Indonésie, environ un an après avoir admis ces manipulations. La société a accumulé des pertes de plusieurs centaines de millions de dollars entre 2018 et 2024.
Ce que l’enquête questionne pour les investisseurs
L’intervention de la MACC ne se limite pas au cas d’eFishery : elle interpelle sur les mécanismes de gouvernance et les procédures de due diligence quand des fonds publics et des institutions internationales financent des hyper-croissances. La faible quotité détenue par KWAP (2,51 %) replace le dossier dans la logique de portefeuilles diversifiés, mais n’évacue ni l’exposition au risque de fraude, ni la difficulté du recouvrement en cascade dans un tour de table dense.
- Une enquête formelle est ouverte par la MACC, avec une équipe dédiée depuis le 17 juillet.
- KWAP confirme son rôle minoritaire et la présence d’autres grands investisseurs au capital.
- La start-up, ex-licorne, a subi des pertes majeures sur la période 2018–2024.
Et maintenant : recouvrement et transparence
La suite se jouera sur deux plans : l’issue des investigations, qui devront établir responsabilités et voies de recours, et la capacité des investisseurs, KWAP en tête, à récupérer une partie des fonds. Dans l’immédiat, le régulateur anticorruption appelle à éviter les spéculations publiques, afin de préserver l’intégrité du processus. Le dossier eFishery, par son ampleur et ses acteurs, s’impose déjà comme un cas d’école des fragilités de contrôle dans les cycles d’hypercroissance des start-up.