Un terrain de tension entre densification et préservation
La capitale belge voit s'exacerber un dilemme désormais familier des grandes métropoles : augmenter l'offre de logements sans sacrifier les rares espaces naturels encore disponibles en ville. Au cœur du débat, les friches — terrains et sites désaffectés — sont présentés comme une réserve foncière prioritaire, étant donné qu'ils appartiennent majoritairement à des acteurs publics et permettent une intervention directe des autorités.
Le site Josaphat, symbole d'une option « facile »
Parmi ces terrains, le site Josaphat, à la frontière de Schaerbeek et Evere, cristallise les controverses. Près de 25 hectares rachetés en 2005 par la Région doivent accueillir un « quartier mixte » comprenant plusieurs centaines de logements. Pour les décideurs, mobiliser ce type de foncier est attractif car il réduit les obstacles liés à la négociation avec des propriétaires privés.
Propriété privée et réticences politiques
Mais frapper à la porte des propriétaires privés reste délicat : la réquisition ou la contrainte foncière se heurte à des encadrements juridiques, à des coûts et à un faible soutien politique. Comme le rappelle un chercheur de l'ULB cité dans le dossier, la propriété privée demeure une norme lourde de conséquences et « crée un obstacle que certains veulent éviter ».
"La propriété privée reste sacrée. Elle crée un obstacle que certains veulent éviter"
Fiscalité, vacance et bureaux : des leviers imparfaits
Plusieurs instruments sont évoqués pour pousser à la mise sur le marché des logements inoccupés : taxes sur les logements vides, mesures incitatives pour les propriétaires, ou encore conversion des bureaux inoccupés en logements. Mais chacune de ces solutions se heurte à des difficultés pratiques — démarches longues pour contacter les propriétaires, contestations juridiques éventuelles, ou coûts de transformation élevés.
- Taxer les logements vides : vise à réduire la vacance mais soulève des questions d'équité et d'encaissement.
- Réquisition : efficace mais politiquement sensible et juridiquement complexe.
- Reconversions (bureaux vers logements) : opportunité compte tenu du parc vacant, mais coût de mise à norme et délais importants.
- Mobilisation des friches : solution rapide pour la puissance publique mais nécessite des choix d'urbanisme et d'aménagement.
Un enjeu de maîtrise foncière et de choix politiques
Les intervenants insistent sur la nécessité d'une stratégie publique volontariste : acquérir du foncier ou conserver la maîtrise de parcelles clés permettrait de produire du logement abordable. Or, la Région dispose d'une capacité limitée et doit arbitrer entre conservation d'espaces verts et densification. Selon les acteurs cités, il faudra tôt ou tard s'intéresser à la propriété privée si l'on veut répondre à la crise du logement abordable.
| Élément | Chiffre / constat |
|---|---|
| Surface du site Josaphat | ≈ 25 hectares |
| Autres espaces mobilisables évoqués | 1 million de m² (mentionnés comme potentiel) |
La feuille de route qui se dessine implique des choix politiques clairs : favorise-t-on la densification sur friches publiques, la taxation des logements vides, la conversion des bureaux, ou laisse-t-on la logique de marché suivre son cours ? La réponse déterminera non seulement le rythme de construction mais aussi le profil des logements produits — marché libre vs logements sociaux — et le calendrier auquel les ménages ressentiront un effet sur leurs loyers et leur capacité à se loger.