Une reprise conjoncturelle, des vulnérabilités persistantes
Le rapport annuel de la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) dresse un bilan contrasté de l’économie marocaine en 2025. Malgré une croissance de 4,9 % — supérieure aux 4,4 % de 2024 — et une inflation contenue à 0,8 %, la DEPF alerte sur des contraintes structurelles qui limitent la capacité de l’économie à transformer ce rebond en gains durables pour l’emploi et le pouvoir d’achat.
Les indicateurs budgétaires affichent également des signes d’amélioration : le déficit public a été ramené à 3,5 % du PIB, soutenu par une forte progression des recettes ordinaires (+14,2 %) qui devance la hausse des dépenses (+12 %). Ces éléments témoignent d’un redressement des comptes publics, mais ne masquent pas les fragilités du marché du travail mises en avant par la direction.
Ce qui change pour les salariés et les demandeurs d’emploi
Pour les actifs et les entreprises, la lecture de la DEPF est sans ambiguïté : la croissance doit davantage s’appuyer sur l’emploi et la productivité pour devenir inclusive. Le rapport pointe une contribution limitée du facteur travail à la croissance et des gains de productivité insuffisants, éléments qui expliquent pourquoi la hausse du PIB ne s’est pas traduite automatiquement par une amélioration soutenue du marché de l’emploi.
- Demande intérieure : moteur de la croissance à court terme, soutenue par des mesures pro-pouvoir d’achat et une hausse de la consommation.
- Investissement : maintien d’un flux vers les grands projets, mais question sur l’effet d’entraînement en termes d’emplois durables.
- Transferts et crédit : les envois des Marocains résidant à l’étranger ont augmenté de 2,6 %, tandis que les crédits à la consommation ont progressé de 5 %, soutenant la demande privée.
Un diagnostic de long terme préoccupant
Au-delà du cycle, la DEPF met en garde contre une décélération de la dynamique de croissance structurelle : le rythme moyen est passé de 4,6 % (2000-2011) à 3,3 % (2012-2017) puis à 3,2 % (2018-2023). Ce glissement pose une question centrale pour l’emploi : comment accroître la participation et la productivité du travail pour soutenir le niveau de vie sur le long terme ?
| Indicateur | 2025 | 2024 |
|---|---|---|
| Croissance (PIB) | 4,9 % | 4,4 % |
| Inflation | 0,8 % | — |
| Déficit public | 3,5 % du PIB | — |
| Recettes ordinaires | +14,2 % | — |
| Dépenses totales | +12 % | — |
Conséquences et voies d’action
Concrètement, pour les demandeurs d’emploi et les salariés, cela signifie que la création d’emplois risque de rester insuffisante sans réformes orientées vers la montée en compétences, la facilitation de la transition vers des secteurs à plus forte productivité et l’amélioration du cadre pour l’emploi formel. Pour les employeurs, la clé réside dans l’investissement non seulement en capital mais aussi dans la formation et l’organisation du travail pour traduire la croissance en gains de productivité.
La DEPF appelle donc à une double exigence : préserver la dynamique conjoncturelle (aujourd’hui favorable) tout en s’attaquant aux déterminants structurels de la faiblesse de la contribution du travail. Sans cela, le Maroc risque de se contenter d’un rattrapage ponctuel sans rupture durable en matière d’emploi et de niveau de vie.