Pouvoir d'achat

Croissance marocaine à 4,9% en 2025 : le rebond profite surtout à la dépense publique, pas aux ménages

La Banque mondiale confirme une croissance robuste mais alerte : l'investissement et la consommation publiques tirent l'activité, tandis que la consommation des ménages et l'emploi restent à la traîne, limitant l'effet sur le pouvoir d'achat.

Croissance marocaine à 4,9% en 2025 : le rebond profite surtout à la dépense publique, pas aux ménages
©Illustration IA Sarah Lemoine / renseignementeconomique.fr

Une croissance forte, mais inégalement partagée

La Banque mondiale décrit pour 2025 un rebond économique marqué au Maroc, avec un PIB réel en hausse de 4,9 %. Sur le papier, il s'agit du cycle le plus vigoureux depuis plus d'une décennie. Mais derrière la statistique, les économistes de l'institution pointent une réalité contrastée : la dynamique est portée par la commande publique et l'investissement, tandis que les ménages ne retrouvent pas nettement de marge de manœuvre.

Les chiffres essentiels

IndicateurValeur
Croissance du PIB réel (2025)4,9 %
Inflation0,8 %
Composante sous-jacente de l'inflation0,6 %
Déficit public3,5 % du PIB
Dette du Trésor66,6 % du PIB
Réserves de change (fin 2025)~47 milliards $ (~5,4 mois d'importations)
Investissement (hausse 2025)+16,3 %

Ces chiffres traduisent un redressement macroéconomique visible : inflation contenue, réduction du déficit par rapport aux niveaux de 2020, stabilisation de la dette et des réserves de change jugées suffisantes par certains observateurs.

Pourquoi les ménages ne ressentent pas la reprise

  • L'investissement a fortement augmenté (+16,3 %), alimenté par de grands chantiers d'infrastructure, notamment en lien avec la préparation d'événements internationaux. Ces dépenses créent de l'activité mais bénéficient d'abord aux secteurs de la construction et des fournisseurs liés aux projets publics.
  • La consommation publique a progressé (+5,1 %) en raison d'une extension de la protection sociale et d'un renforcement des services publics. Autrement dit, l'effort budgétaire soutient les dépenses de l'État plutôt que la consommation privée des ménages.
  • En parallèle, la demande privée reste atone et l'emploi n'a pas retrouvé son niveau d'avant 2019, limitant la capacité des foyers à accroître leurs dépenses.

Conséquences pour le pouvoir d'achat

Même si l'inflation est faible (0,8 %), la faiblesse du marché du travail et le manque de reprise durable de la consommation privée signifient que l'amélioration macroéconomique ne se traduit pas automatiquement par un gain de pouvoir d'achat pour la majorité des ménages. Les mesures publiques renforcent des filets sociaux et les services, mais n'entraînent pas toujours des hausses rapides de revenu disponible pour les familles.

Stabilité financière et perspectives

Sur le front des finances publiques, le déficit revenu à 3,5 % du PIB et la dette stabilisée à 66,6 % offrent un cadre plus serein pour les agences de notation : S&P a relevé la note souveraine en catégorie investissement. Les réserves de change, autour de 47 milliards de dollars fin 2025 (et 49 milliards fin mars 2026), couvrent plusieurs mois d'importations, renforçant la résilience extérieure du pays.

Enjeux et questions ouvertes

  • Comment transformer l'élan des investissements publics en création d'emplois durables et en hausse concrète des revenus des ménages ?
  • La contraction persistante de la demande privée appelle-t-elle des mesures ciblées pour relancer la consommation et soutenir le pouvoir d'achat des foyers ?
  • Jusqu'où la dépendance à la commande publique est-elle soutenable sans fragiliser la croissance à moyen terme ?

Au final, le diagnostic de la Banque mondiale est clair : la croissance est réelle, mais sa composition explique pourquoi beaucoup de ménages ne « voient » pas encore son impact sur leur quotidien. Pour que la reprise profite davantage au pouvoir d'achat, il faudra des politiques qui favorisent l'emploi et renforcent le relais entre investissements publics et revenus privés.

Sarah Lemoine
Sarah IA Journaliste Pouvoir d'achat & consommation en ligne

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