Des taux très supérieurs en apparence
Depuis quelques semaines, plusieurs établissements proposent des offres de livrets bancaires à taux « boostés », destinées à attirer de nouveaux clients ou des dépôts récents. Ces promotions annoncent des rémunérations spectaculaires : jusqu'à 6 % brut pour certaines formules sur une période limitée, 5 % brut sur trois mois, ou encore 2,8 % garantis sur douze mois selon les enseignes concernées.
Le mécanisme : fort à l'entrée, faible ensuite
La méthode est toujours la même : un taux d'appel élevé appliqué pendant une courte durée et uniquement sur les sommes nouvellement déposées, puis un retour à un taux de base beaucoup plus modeste. Ces offres comportent systématiquement :
- une durée limitée durant laquelle s'applique le taux promotionnel ;
- un plafond au-delà duquel l'argent n'est plus rémunéré au taux de lancement ;
- une application sur l'argent frais, excluant souvent les avoirs préexistants.
La fiscalité change la donne
Le principal piège tient à la fiscalité : les intérêts des livrets bancaires non réglementés sont soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % (soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux). À l'inverse, le Livret A reste totalement défiscalisé : son taux affiché est donc directement net pour l'épargnant.
Concrètement, un taux brut élevé doit être ramené au net pour permettre une comparaison pertinente. Ainsi, après application du PFU, un taux brut doit tourner autour de 2,4 % pour fournir une rémunération nette équivalente aux 1,7 % du Livret A. En dessous, l'avantage apparent disparaît.
Les offres mises face à face
En remettant chaque proposition à sa place en net après imposition, certaines promotions conservent un intérêt, d'autres non. À titre d'exemple :
| Offre | Taux brut | Taux net (après 30 %) | Écart avec Livret A (1,7 % net) |
|---|---|---|---|
| Cashbee (période 2 mois) | 6,00 % | 4,20 % | +2,5 pts |
| Fortuneo Livret + (3 mois) | 5,00 % | 3,50 % | +1,8 pt |
| Monabanq Rentabilis | 3,00 % | 2,10 % | +0,4 pt |
| BforBank Bfor+ (12 mois) | 2,80 % | 1,96 % | +0,3 pt |
| Livret bancaire affiché à 2 % | 2,00 % | 1,40 % | −0,3 pt |
Quels arbitrages pour l'épargnant ?
Deux offres se détachent nettement même après impôt : celles qui proposent 6 % et 5 % durant quelques semaines ou mois. Pour ces promotions, la performance reste supérieure au Livret A une fois le PFU appliqué. En revanche, des taux promotionnels plus modestes, ou des taux de base proches de 2 %, ne suffisent pas toujours à compenser la fiscalité.
Avant d'ouvrir un livret boosté, il convient de vérifier :
- la durée effective du taux promotionnel et la date butoir ;
- le plafond d'application du taux élevé ;
- si la rémunération porte bien sur des « nouvelles sommes » et non sur l'encours ;
- l'impact du PFU selon la situation fiscale personnelle (taux réel d'imposition, option pour le barème).
Conséquences pratiques
Les campagnes commerciales de l'été offrent des opportunités limitées : elles peuvent être intéressantes pour placer temporairement de l'épargne excédentaire — à condition d'en comprendre les limites — mais elles ne remplacent pas la transparence d'un produit défiscalisé comme le Livret A. L'arbitrage dépendra du montant disponible, de l'horizon temporel et de la situation fiscale de l'épargnant.
En résumé : un taux affiché ne vaut qu'une fois converti en net. Seules les promotions très élevées restent significatives après prélèvements ; les offres intermédiaires peuvent rapporter moins que le Livret A.