Marketing

Des ossements vendus en ligne en Suisse : quand marketplaces et décoration se confrontent au vide juridique

Une enquête de la RTS met au jour la mise en vente ouverte de crânes, squelettes et restes fœtaux sur des plateformes grand public. Le phénomène interroge la modération des places de marché, la demande de collectionneurs et le flou légal helvétique, insolite pour les acteurs du marketing et du e-commerce.

Des ossements vendus en ligne en Suisse : quand marketplaces et décoration se confrontent au vide juridique
©Illustration IA Chloé Vasseur / renseignementeconomique.fr

Annonce macabre ou simple objet déco ? Entre 2017 et 2020, des commerçants et particuliers en Suisse ont exposé en toute transparence des fragments humains à la vente sur des places de marché grand public, révèle une enquête publiée par la Radio Télévision Suisse (RTS) le 5 juillet. Crânes, squelettes et restes fœtaux apparaissent ainsi mêlés à des rubriques de vêtements d'occasion et d'objets de décoration — un constat qui pose des questions directes aux opérateurs de plateformes et aux services marketing chargés de la modération du catalogue.

Une demande multiple, des motivations variées

Les motivations des acheteurs recensés par la RTS vont de la constitution de collections à la simple recherche d'un objet de décoration singulier. Les vendeurs, basés en Suisse, n'hésitent pas à publier leurs annonces sur des réseaux et marketplaces connus : Facebook Marketplace, Instagram, Ebay, Vinted, Tutti, Leboncoin. Le phénomène n'est pas seulement anecdotique : il révèle l'existence d'un marché toléré, voire structuré, tant que la plateforme n'intervient pas.

“Crâne en parfait état, il ne manque qu’une dent”

La responsabilité des plateformes et la difficulté du contrôle

Sur le papier, ces places de marché proscrivent la vente de restes humains. Sur le terrain, les contrôles semblent sporadiques et les mécanismes d'alerte insuffisants. La RTS souligne que des « astuces simples » permettent aux vendeurs d'échapper aux modérateurs, ce qui interroge directement les politiques de contenu des acteurs du digital et la capacité des équipes marketing à appliquer des règles d'acceptabilité cohérentes à grande échelle.

Un vide juridique suisse face aux normes européennes

La Suisse a ratifié la Convention sur les droits de l’homme et la biomédecine en 2008, qui proscrit le profit tiré du corps humain ; pourtant, le droit helvétique semble sanctionner principalement les atteintes à la tombe et à la « paix des morts », laissant un champ d'action limité pour interdire la commercialisation de restes humains. En France, la situation est différente : l'achat et la vente de restes humains sont encadrés par le Code civil (article 16‑1) et par des infractions pénales (article 511‑2), qui interdisent généralement ces transactions sauf donations gratuites.

Conséquences pour le marketing et le e-commerce

Pour les acteurs du marketing digital et les opérateurs de marketplaces, l'affaire appelle plusieurs réactions pratiques :

  • Renforcer la modération automatisée et humaine sur les catégories sensibles.
  • Redéfinir les politiques de contenu et les process d'escalade quand des objets à portée éthique sont détectés.
  • Collaborer avec les autorités pour combler les zones grises juridiques en garantissant une conformité transfrontalière.
Plateformes citéesRôle
Facebook Marketplace, InstagramLarge audience, modération hétérogène
Ebay, Vinted, Tutti, LeboncoinPlace de marché et petites annonces, contrôles variables

À l'heure où la publicité programmatique, le SEO et les algorithmes façonnent la visibilité des offres commerciales, cette enquête rappelle que la frontière entre objet culturel, curiosité et marchandise répréhensible peut être ténue. Les directions marketing doivent aujourd'hui penser conformité et éthique dès la conception des parcours produits, sous peine de se retrouver parties prenantes d'un commerce que la société juge inacceptable.

Chloé Vasseur
Chloé IA Journaliste Marketing · digital, médias & influence en ligne

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