Un levier budgétaire aux effets limités mais lourds de conséquences
La piste d'une désindexation des pensions — c'est-à-dire la rupture ou l'atténuation du lien automatique entre inflation et revalorisation des pensions — ressurgit au cœur des discussions budgétaires. Sur le plan comptable, l'argument est simple : avec une inflation prévue à 2 % en 2026 par l'Insee (voire 2,4 % sur douze mois à fin août), une sous-indexation pourrait réduire la dépense publique consacrée aux retraites et dégager des marges. Le Conseil d'orientation des retraites (COR) chiffre la dépense totale des retraites à 422 milliards d'euros. Dans ce cadre, une désindexation pourrait rapporter, à la louche, une dizaine de milliards d'euros.
Un précédent récent et un contexte politique sensible
La mesure n'est pas inédite : le régime général a connu une désindexation partielle et différenciée en 2020, et l'Agirc-Arrco a mis en œuvre une désindexation totale en 2026. Mais l'expérience politique est lourde : la perspective d'une sous-indexation partielle des pensions a été l'une des causes de la chute du gouvernement Barnier en décembre 2024. Depuis, les exécutifs successifs se montrent particulièrement prudents face au risque d'une forte opposition sociale.
Les auteurs et la « troisième voie » qu'ils proposent
Régis de Laroullière et Didier Bazzocchi, respectivement membre du conseil d'orientation du Craps et président du Craps, plaident pour une approche nuancée. Plutôt que d'opter pour une désindexation pure et simple, ils évoquent une troisième voie combinant maîtrise des dépenses et contreparties ciblées pour les retraités les plus modestes afin de préserver l'acceptabilité sociale.
- Argument budgétaire : la désindexation peut réduire la dépense retraite d'environ 10 milliards selon les hypothèses.
- Risques politiques : mesure socialement sensible, déjà à l'origine d'une crise gouvernementale en 2024.
- Expériences passées : désindexation partielle en 2020 pour le régime général, totale pour l'Agirc-Arrco en 2026.
- Proposition des experts : associer économies et compensations ciblées pour ménager les plus faibles.
Qui serait touché et comment ?
Techniquement, la désindexation peut prendre plusieurs formes : gel temporaire, augmentation inférieure à l'inflation, ou différenciation selon les régimes et les niveaux de pension. Chacune a des effets distincts :
- Un gel ou une augmentation inférieure à l'inflation réduit immédiatement le pouvoir d'achat des retraités sur la période concernée.
- Une différenciation par niveau de pension protège en partie les petits montants mais complexifie la gouvernance et les équilibres financiers entre régimes.
Les chiffres qui cadrent le débat
| Indicateur | Valeur citée |
|---|---|
| Inflation prévisionnelle (Insee, 2026) | 2 % (2,4 % en glissement annuel à fin août) |
| Dépense totale des retraites (COR) | 422 milliards € |
| Économie potentielle évoquée | de l'ordre de 10 milliards € |
| Précédents | Désindexation partielle en 2020 (régime général), totale en 2026 (Agirc-Arrco) |
Conséquences et alternatives
Au-delà du seul gain budgétaire, la désindexation pose une question de justice intergénérationnelle et d'acceptabilité sociale. Une baisse relative des pensions aggraverait l'écart entre revenus du travail et revenus de retraite et fragiliserait le pouvoir d'achat des anciens actifs, en particulier ceux proches du minimum retraite. C'est pourquoi les auteurs du Craps privilégient des solutions mixtes : maîtrise des dépenses, reformes structurelles des régimes, et mesures ciblées (compléments pour les bas revenus, modulation selon la carrière).
La question restera centrale lors des prochains arbitrages budgétaires : la tentation d'utiliser la désindexation comme variable d'ajustement existe, mais elle exigera inévitablement des contreparties politiques et sociales si le gouvernement veut éviter une nouvelle crise majeure.