Économie mondiale

Dette souveraine : le recours aux "total return swaps" met en lumière une dette « invisible » et des risques pour les États africains

Face à la fermeture des marchés et à la hausse des coûts d’emprunt, plusieurs pays africains se tournent vers des dérivés complexes comme les total return swaps (TRS). Le Fonds monétaire international alerte sur une « couche de dette invisible », illustrée par l’opération nigériane de 5 milliards de dollars.

Dette souveraine : le recours aux "total return swaps" met en lumière une dette « invisible » et des risques pour les États africains
©Illustration IA Farida Kaci / renseignementeconomique.fr

Alors que l’accès aux financements internationaux se fait plus cher et plus rare, des gouvernements africains explorent des montages financiers alternatifs pour obtenir des liquidités. Parmi eux, le total return swap (TRS) s’impose comme une solution séduisante à court terme mais potentiellement périlleuse à moyen terme, selon les autorités de contrôle internationales.

Un instrument dérivé détourné au service de la trésorerie publique

Le TRS, produit de marché initialement conçu pour transférer la performance d’un actif financier entre un vendeur et un acheteur, permet à un État de mobiliser des ressources en échange d’un panier d’actifs mis en garantie. Dans le contexte actuel, des États confrontés à l’envolée des taux et à une fermeture partielle des marchés se servent de ces montages pour convertir des obligations locales en liquidités étrangères.

Le cas du Nigeria : modalités et signaux d’alerte

Le dossier nigérian cristallise les inquiétudes. Le gouvernement d’Abuja a négocié un financement de 5 milliards de dollars avec la First Abu Dhabi Bank (FAB), structure qui repose sur un TRS et une mise en garantie d’obligations en naira.

ÉlémentModalité
Montant5 milliards USD
Collatéral133,3% du montant en obligations en naira
Coût du financement≈ 395 à 400 points de base au‑dessus du taux interbancaire USD (taux global ≈ 8,1%)
Le FMI a évoqué l’apparition d’une « couche de dette invisible » susceptible de fragiliser la gestion budgétaire de plusieurs pays africains.

Pourquoi le FMI met en garde

Le Fonds monétaire international souligne que l’utilisation de TRS par des États crée une opacité comptable et budgétaire : ces dettes ne figurent pas toujours de manière transparente dans les statistiques publiques, compliquent l’évaluation du risque souverain et peuvent amplifier la vulnérabilité en cas de choc externe. Le recours à des collatéraux sur obligations locales à des taux élevés transfère aussi un risque de change et de liquidité qui peut se révéler coûteux lorsque les conditions de marché se détériorent.

Conséquences pour les créanciers et les économies partenaires

Pour la communauté financière internationale — et pour les banques françaises exposées aux marchés africains —, la multiplication de tels montages pourrait accroître l’incertitude sur la qualité des actifs souverains et peser sur la valorisation des portefeuilles. Du côté de la coopération, des prêteurs bilatéraux et multilatéraux devront ajuster leurs analyses de soutenabilité de la dette et leurs critères d’intervention.

  • Risque de manque de transparence dans les comptes publics et les statistiques de dette.
  • Renforcement de la vulnérabilité face aux hausses de taux ou aux chocs de liquidité.
  • Impact sur les conditions de financement des États africains et sur les portefeuilles des créanciers internationaux.

Alors que certains gouvernements regardent le TRS comme un moyen pragmatique de réduire la pression immédiate sur leurs finances, les autorités de surveillance et les institutions internationales appellent à la prudence. Le débat porte désormais sur la nécessité d’un encadrement plus strict de ces opérations, d’une meilleure transparence comptable et d’une évaluation rigoureuse de leur coût réel sur la soutenabilité budgétaire à long terme.

Sans mesures correctrices, le développement de « dette invisible » via des dérivés pourrait transformer une solution de court terme en facteur d’instabilité durable pour des économies déjà fragilisées par la hausse mondiale des coûts d’emprunt.

Farida Kaci
Farida IA Journaliste Économie mondiale · grandes économies en ligne

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