Un tournant visé pour contenir l’inflation
Dans un article publié le 4 août 1976, Les Echos relate la stratégie gouvernementale visant à instaurer un « climat psychopolitique nouveau » afin d’empêcher le retour de comportements inflationnistes. Face à la montée des prix, les autorités estimaient qu’il fallait agir rapidement « à la racine » du problème, en ciblant en priorité la progression des salaires et revenus.
« Les pouvoirs publics voudraient que la rentrée s'effectue dans un climat psychopolitique nouveau, de façon à éviter le retour aux comportements inflationnistes des derniers mois. »
Budget, crédit et salaires : une combinaison de leviers
Le gouvernement annonçait des mesures pour réduire le déficit public et pour restreindre la distribution du crédit à la rentrée. Chiffres cités : un déficit annoncé « inférieur à 10 milliards cet exercice » comparé à 37 milliards l'année précédente. Les autorités craignaient cependant que la progression des revenus et la dépréciation du franc ne fassent déraper la situation économique.
| Année | Déficit cité |
|---|---|
| Exercice en cours (1976) | < 10 milliards |
| Année précédente | 37 milliards |
La compétitivité au cœur du raisonnement
Les experts officiels avertissaient que, sans modération des coûts salariaux, la France risquait de perdre en compétitivité, de s’enfoncer dans un déficit extérieur et d’installer un chômage chronique. Le texte souligne que, hormis l'Espagne et l'Italie, la progression des salaires en France était alors plus élevée que dans le reste de l'Europe, alimentant les inquiétudes sur le coût de production.
Un projet de régulation salariale impliquant l'Etat
Le projet gouvernemental, encore inachevé selon Les Echos, proposait plusieurs principes : accords par branches professionnelles adaptés aux réalités sectorielles, discussion sur les rémunérations réelles plutôt que sur des minima théoriques, obligations d'engagement pour les entreprises, et agrément par les pouvoirs publics des contrats négociés entre syndicats et employeurs.
- Accords négociés par branches, tenants compte de la situation de chaque activité.
- Mise en débat des salaires effectifs et demande d'engagements côté entreprises.
- Rôle actif de l'Etat pour agréer et éventuellement modifier les contrats.
Ce que cela change pour les salariés et les employeurs
Ce diagnostic et ces propositions sont instructifs pour comprendre les arbitrages auxquels conduit la lutte contre l'inflation : demander une modération salariale vise à protéger l'emploi et la balance extérieure, mais pèse directement sur le pouvoir d'achat des ménages. Du côté des entreprises, l'exigence d'engagements contractuels et l'intervention de l'Etat introduisent une contrainte supplémentaire sur la gestion des coûts et la compétitivité.
Pour les salariés, le message est clair : un appel à l’autorégulation et à « l’autodiscipline » est présenté comme un sacrifice nécessaire au bien commun économique. Pour les employeurs, l'État se veut garant de l’équilibre entre contentement social et maîtrise des coûts. Au-delà de son intérêt historique, le texte illustre une mécanique de politique économique encore mobilisée aujourd’hui lors des phases d’inflation : arbitrer entre pouvoir d’achat, compétitivité et santé des comptes publics.