Un risque concentré sur les débuts de carrière
L'Organisation internationale du travail (OIT) publie des projections qui placent les jeunes au centre d'une vulnérabilité croissante face aux révolutions technologiques. Si l'intelligence artificielle n'est pas tenue pour unique responsable des difficultés récentes du marché du travail, l'OIT met en garde : plusieurs emplois intermédiaires, souvent occupés en début de parcours professionnel, sont particulièrement exposés aux transformations induites par l'IA.
Direct et utile : derrière chaque statistique, je cherche ce que cela change pour les salariés, les demandeurs d'emploi et les employeurs. Ce rapport force à interroger les chaînes d'embauche et de formation : quels profils pourront se reconvertir rapidement ? Quelles entreprises devront adapter leurs pratiques de recrutement et d'accompagnement ?
Les chiffres qui pèsent
L'alerte repose sur des données précises fournies par l'OIT :
- 6,1 % des emplois actuels des 15-29 ans appartiennent à des professions jugées fortement exposées aux effets de l'IA;
- Dans un scénario où 10 % de ces emplois disparaîtraient, 5,6 millions de jeunes pourraient être poussés vers le chômage, une reconversion forcée ou la sortie du marché du travail;
- À l'échelle mondiale, 67 millions de jeunes âgés de 15 à 24 ans étaient au chômage en 2025 (12,4 %), et plus de 257 millions (soit 20 %) n'étaient ni en emploi, ni en études, ni en formation.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Emplois 15-29 ans exposés à l'IA | 6,1 % |
| Jeunes pouvant être affectés si 10 % des postes disparaissent | 5,6 millions |
| Chômage jeunes 15-24 ans (monde, 2025) | 67 millions (12,4 %) |
| Jeunes ni en emploi ni en études ni en formation | 257 millions (20 %) |
| Chômage des jeunes en France (T2 2026) | 21,6 % |
Quels secteurs et quels territoires ?
L'OIT pointe des secteurs précis : l'administration, les services, la vente, l'industrie et certaines fonctions techniques. Ce sont souvent des métiers de qualification intermédiaire qui servent de tremplin professionnel pour de nombreux jeunes. Leur érosion fragilise non seulement des parcours individuels mais aussi la capacité des entreprises à renouveler leurs effectifs.
« une nouvelle crise de l'emploi des jeunes »
Ce terme employé par l'organisation traduit la conjonction de forces : l'IA, mais aussi le ralentissement de la croissance, le manque de créations nettes d'emplois et les tensions géopolitiques. L'OIT refuse de pointer l'IA comme seule cause, mais souligne son rôle catalyseur.
Conséquences pour les acteurs du marché du travail
Pour les jeunes, l'enjeu est double : acquérir des compétences adaptées aux outils numériques et trouver des parcours de transition pérennes. Pour les employeurs, la montée en compétences des salariés et la redéfinition de postes deviennent des priorités pour limiter les ruptures. Pour les pouvoirs publics, l'alerte impose des réponses en matière de formation initiale et continue, d'accompagnement des reconversions et de soutien aux zones les plus touchées.
Concrètement, les pistes vont de l'extension des dispositifs de formation professionnelle à des « ponts » vers des métiers moins exposés, en passant par des incitations fiscales pour les entreprises investissant dans la formation interne. Des questions demeurent : comment financer ces dispositifs ? Quelles priorités sectorielles retenir ?
Enjeux immédiats
Le diagnostic de l'OIT oblige à dépasser la seule inquiétude technique pour se concentrer sur l'adaptation des parcours professionnels. À court terme, il faut identifier les métiers en bascule, sécuriser les transitions et renforcer les instruments d'accès à l'emploi pour les jeunes les plus fragiles. À moyen terme, il faudra évaluer l'efficacité des politiques de formation et des initiatives publiques et privées visant à limiter le risque d'une aggravation du chômage des jeunes.