Un tissu entrepreneurial féminin qui pallie une économie étranglée
Dans un contexte où l'espace public féminin est fortement réduit, les Afghanes jouent un rôle central dans le maintien de l'activité économique locale via de petites et moyennes entreprises. Les données disponibles indiquent une progression rapide du nombre de licences détenues par des femmes ces dernières années, mais cette avancée se heurte à des règles et des interdictions qui conditionnent l'avenir de ces initiatives.
Chiffres clés : la chambre de commerce d'Afghanistan recense plus de 10 000 licences d'entreprise au nom de femmes, un niveau multiplié par dix en cinq ans. Si l'on intègre celles qui travaillent sans enregistrement, le nombre de femmes actives dans des micro-entreprises peut atteindre environ 120 000.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Entrepreneuses titulaires d'une licence | +10 000 |
| Femmes travaillant sans licence (estimation) | ~120 000 |
Des activités concentrées et des métiers réassignés
Privées de postes dans l'administration, de la plupart des ONG ou d'emplois nécessitant un contact régulier avec des hommes, de nombreuses femmes ont été contraintes d'orienter leurs compétences vers des secteurs jugés acceptables par les autorités. Récemment, on observe une concentration sur des métiers comme le tissage, les cosmétiques artisanaux ou la formation professionnelle.
- Secteurs favorisés : artisanat (tapis), cosmétiques, petits ateliers et formations techniques.
- Secteurs interdits ou difficiles : santé (infirmières, sages-femmes), administration publique, salons de beauté gérés en interaction avec des hommes.
- Contraintes opérationnelles : interdiction de parler directement à des clients masculins, difficultés d'accès aux services bancaires et aux fournisseurs masculins.
Conséquences pour les salariés et les clients
Sur le plan social, cette recomposition économique limite les trajectoires professionnelles des femmes : des diplômées en droit, en ingénierie ou en sciences sont redirigées vers des métiers manuels ou commerciaux de subsistance. Pour les clients et les marchés locaux, le transfert d'activités vers des micro-entreprises féminines maintient des chaînes de valeur mais réduit la diversité des offres et la capacité d'innovation à plus grande échelle.
Enfin, la pérennité de ces entreprises reste fragile. Elles sont fonctionnelles tant que le cadre réglementaire tolère ces activités et tant que des solutions de financement dérisoires ou informelles permettent l'exploitation. Sans accès élargi à l'éducation, aux services financiers et à des parcours professionnels diversifiés, ces micro-entreprises risquent de rester cantonnées à un statut de survie économique.
Ce que cela signifie pour les acteurs internationaux
Pour les bailleurs et entreprises concernés par la reconstruction ou le développement, la situation pose plusieurs défis : comment soutenir l'emploi féminin sans renforcer des structures précaires ? Comment offrir un accès aux marchés et aux services financiers quand les interactions homme-femme sont restreintes ? Les réponses devront concilier respect des droits fondamentaux et appui pragmatique aux modes d'emploi actuels.