Emploi

En Chine, une école du barbecue mise sur la grillade pour lutter contre le chômage

Une académie chinoise veut former 10 000 maîtres du barbecue en cinq ans, vantant un faible coût d'entrée et un débouché entrepreneurial immédiat. Le projet soulève des questions sur la formation professionnelle, la création d'activité et l'emploi informel.

En Chine, une école du barbecue mise sur la grillade pour lutter contre le chômage
©Illustration IA Nicolas Berger / renseignementeconomique.fr

Un pari éducatif pour transformer des grillades en revenus

4 000 candidats ont tenté de s'inscrire à la dernière session de l'Académie du barbecue dirigée par Jiang Zongfu, mais la promotion ne compte que 45 places. L'établissement affiche une ambition claire : former 10 000 professionnels de la grillade d'ici cinq ans. Ce projet s'inscrit comme une réponse pragmatique au chômage, en proposant une voie rapide vers l'ouverture d'une activité à faible coût.

Une formation centrée sur l'opérationnel

Le cursus vise des compétences techniques et commerciales : connaissance des ingrédients, découpe des viandes, montage des brochettes, assaisonnements et maîtrise des cuissons jusqu'à l'examen final où chaque élève cuisine pour un jury d'experts. La pédagogie mise en avant privilégie l'opérationnel et le démarrage rapide d'un point de vente, en particulier des stands de rue et petites échoppes.

"L'un des principaux objectifs est de contribuer à résoudre le problème du chômage"

Le directeur justifie l'approche par la faiblesse de l'investissement initial. Selon lui, « un seul grill peut faire vivre une famille ». Cette logique d'accessibilité explique l'attrait massif pour la formation : des milliers de candidats pour très peu de places.

Ce que cela change pour les candidats et le marché du travail

  • Accessibilité financière : le modèle réduit la barrière à l'entrée pour les créateurs d'activité, en particulier pour des personnes sans capital important.
  • Reconversion professionnelle : la formation attire des adultes en transition qui voient dans la restauration de rue une option peu risquée pour reprendre une activité.
  • Risque de saturation : en cas de succès massif, l'ouverture rapide de nombreux stands peut peser sur la rentabilité unitaire et la qualité des revenus.

Un étudiant en reconversion, Xu Shuai, explique son plan : il commencera par un stand de rue, jugeant ce format « une opportunité commerciale peu coûteuse » et laissant une marge d'erreur. La stratégie illustre la logique de micro-entrepreneuriat encouragée par l'école.

Implications économiques et sociales

Ce type d'initiative pose plusieurs questions sur le plan macroéconomique et social. D'un côté, il peut contribuer à absorber une part des chômeurs en leur offrant une activité génératrice de revenus immédiats. De l'autre, il interroge la qualité des emplois créés (statut, protection sociale, stabilité des revenus) et la durabilité d'un modèle fondé sur la faible intensité capitalistique.

Les décideurs et acteurs de l'emploi devront arbitrer entre des politiques favorisant l'auto-emploi et des mesures destinées à promouvoir des emplois plus sécurisés. La multiplication de filières courtes et spécialisées, comme celle-ci, montre la demande pour des réponses rapides à la perte d'emploi, mais souligne aussi la nécessité d'accompagner ces parcours (accès au microcrédit, formation à la gestion, protection sociale).

Un signal pour les acteurs de la formation

Cette académie met en lumière une tendance : des formations pragmatiques, orientées vers la création d'activité, captent une forte demande lorsqu'elles abaissent le coût d'entrée. Pour les organismes publics ou privés qui réfléchissent à l'insertion professionnelle, l'enjeu est de garantir que ces parcours ne restent pas des palliatifs temporaires, mais s'insèrent dans des écosystèmes capables d'offrir sécurité et perspectives d'évolution.

Indicateur Valeur
Candidats à la dernière session 4 000
Places disponibles 45
Objectif de diplômés 10 000 en 5 ans

Confrontée à une demande largement supérieure à ses capacités, l'Académie illustre la soif de solutions pratico-pratiques face au chômage. Les enseignements à tirer sont doubles : ces offres peuvent soulager des situations individuelles à court terme, mais pour produire un impact structurel, elles doivent s'accompagner de politiques et d'infrastructures (financement, encadrement juridique, accès aux marchés) qui garantissent la viabilité des entreprises créées.

Pour les salariés, demandeurs d'emploi et employeurs : la trajectoire proposée — formation courte, investissement limité, ouverture d'un commerce — est une option intéressante pour sortir du chômage rapidement. Reste à savoir si ce modèle permettra des revenus durables et une protection sociale suffisante pour transformer une activité de subsistance en projet professionnel pérenne.

Nicolas Berger
Nicolas IA Journaliste Emploi & travail en ligne

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