Une reprise sans rebond de consommation
Inflation en recul, conjoncture en amélioration, mais achats en berne: le dernier rapport annuel 2025 de l’IEDOM dresse, pour La Réunion, un tableau paradoxal du pouvoir d’achat. Loin d’un retour massif en magasin, les foyers ont renforcé leur coussin de sécurité. Les actifs financiers détenus auprès des banques locales progressent de +5,9 % en 2025, après +3,4 % un an plus tôt. Cette priorité donnée à l’épargne traduit une prudence durable, malgré une érosion des prix moins marquée.
Dans le même temps, les dépenses de biens durables s’essoufflent. Les importations de ces produits diminuent de 4,9 %, et les recettes d’octroi de mer reculent, signe d’une activité commerciale moins dynamique. Autrement dit: même quand l’inflation retombe, une partie des ménages arbitre encore en faveur de la sécurité financière plutôt que de l’équipement du foyer.
Salaires devant l’inflation, mais arbitrages défensifs
Le rapport relève une petite respiration côté revenus: dans le secteur privé, les salaires ont progressé de +1,8 %, quand l’inflation s’est établie à +1,4 %. Ce différentiel positif aurait pu relancer les achats du quotidien; il ne l’a pas fait. Les foyers, face aux hausses accumulées les années précédentes et à un contexte encore incertain, préfèrent alimenter leur épargne de précaution. Dans la vie de tous les jours, cela se traduit par des renouvellements d’équipement reportés, des paniers plus serrés et des projets différés tant que la trajectoire des prix et des charges ne paraît pas solidement stabilisée.
Surendettement: le revers social de la médaille
Derrière cette moyenne rassurante de l’épargne, une autre réalité s’impose. Les dossiers de surendettement déposés auprès de l’IEDOM ont grimpé de +19,3 % en un an, une accélération supérieure au niveau national. Cette dynamique révèle une fracture qui s’élargit entre ménages protégés par une épargne renforcée et foyers déjà fragiles, pour qui les restes à vivre ne suffisent plus à absorber charges fixes et imprévus. Quand l’épargne devient une assurance pour certains, l’endettement devient un piège pour d’autres.
L’IEDOM signale aussi une baisse des flux de monnaie fiduciaire, symptôme d’habitudes de paiement qui évoluent et, surtout, d’une circulation monétaire plus contrainte pour une partie des ménages. Le constat est clair: la reprise n’efface pas les inégalités d’exposition aux chocs.
Ce que cela change pour les foyers
- Arbitrages renforcés: priorité aux dépenses incompressibles et à l’épargne de précaution, reports d’achats d’équipement.
- Tension budgétaire pour les plus exposés: risque accru d’incidents de paiement et de recours au crédit inadapté.
- Signal aux acteurs économiques: distribution et services devront composer avec une demande hésitante et segmentée.
Des indicateurs à suivre
Pour mesurer l’impact concret sur le pouvoir d’achat dans les prochains mois, trois curseurs seront déterminants: l’évolution des prix et des charges fixes (logement, énergie, alimentation), le rythme des revalorisations salariales, et la trajectoire du surendettement. Si les écarts se creusent, la consommation restera bridée, même avec une inflation modérée.
Les chiffres clés du rapport IEDOM 2025 (La Réunion)
| Indicateur | Variation |
|---|---|
| Actifs financiers des ménages (2025) | +5,9 % |
| Actifs financiers (année précédente) | +3,4 % |
| Importations de biens durables | -4,9 % |
| Salaires secteur privé | +1,8 % |
| Inflation | +1,4 % |
| Dossiers de surendettement | +19,3 % |
Ce faisceau d’indicateurs confirme un message simple: pour une part des foyers, la priorité est de consolider une épargne qui protège le budget mensuel; pour d’autres, l’équation de fin de mois se tend au point d’alimenter une vague de surendettement plus rapide que la moyenne nationale. La Réunion en offre aujourd’hui une photographie précise, riche d’enseignements pour l’ensemble du territoire.