Des pratiques d'élevage dénoncées qui obligent les distributeurs à se positionner
Un rapport de l'International Council for Animal Welfare (ICAW) publié à l'occasion de la journée mondiale de l'alimentation met en lumière des pratiques choquantes dans les élevages de crevettes destinées à la consommation. L'ONG, basée aux États-Unis, dénonce en particulier l'épédonculation — l'arrachage des yeux sur des femelles reproductrices pour stimuler la ponte — et critique les méthodes d'abattage actuellement majoritaires.
Ces révélations concernent une filière globale, mais elles visent également la chaîne d'approvisionnement approvisionnant la France. Face à ces constats, plusieurs enseignes françaises ont déjà pris des engagements publics ; d'autres sont pointées du doigt pour leurs "retards préoccupants" sur ce sujet.
"retards préoccupants"
Ce que dit le rapport
Selon l'ICAW, l'épédonculation consiste à sectionner un ou les deux pédoncules oculaires d'une crevette femelle, alors qu'elle est consciente, à l'aide d'instruments rudimentaires — lame de rasoir ou ciseaux chauffés — et sans anesthésie. Les pédoncules contiennent une glande qui influence le cycle ovarien ; leur ablation est pratiquée pour tenter d'augmenter la fréquence de ponte. L'organisation signale aussi que l'abattage par immersion dans une bouillie de glace, pratique courante, n'assure pas systématiquement une anesthésie rapide : il arrive que des animaux agonisent pendant plusieurs minutes ou meurent par suffocation une fois sortis des bassins.
Les engagements annoncés et leurs échéances
Quatre acteurs de la distribution en France ont déjà formalisé des engagements en réaction à ces critiques. Ils promettent d'interdire l'épédonculation chez leurs fournisseurs et d'exiger l'étourdissement électrique avant abattage :
- Les Mousquetaires / Intermarché
- Coopérative U
- Auchan
- Aldi (engagement assorti d'une échéance différente)
Ces enseignes visent une mise en œuvre d'ici 2030 pour la plupart ; Aldi a indiqué une échéance distincte, fixée à 2035.
| Enseigne | Engagement | Échéance |
|---|---|---|
| Les Mousquetaires / Intermarché | Interdiction de l'épédonculation et étourdissement électrique | 2030 |
| Coopérative U | Interdiction de l'épédonculation et étourdissement électrique | 2030 |
| Auchan | Interdiction de l'épédonculation et étourdissement électrique | 2030 |
| Aldi | Interdiction de l'épédonculation et étourdissement électrique | 2035 |
Conséquences pour les consommateurs et pour la filière
Sur le plan du pouvoir d'achat, ces enjeux peuvent avoir plusieurs répercussions. La mise en place de procédures d'étourdissement électrique et l'encadrement des pratiques d'élevage peuvent entraîner des coûts supplémentaires pour les fournisseurs et les transformateurs, qui pourraient, selon les décisions commerciales des distributeurs, se répercuter partiellement sur le prix payé en rayon. Il est néanmoins impossible, à partir des éléments publiés par l'ICAW, de quantifier précisément cet éventuel surcoût pour un foyer.
Pour les consommateurs soucieux de l'éthique des produits qu'ils achètent, l'existence d'engagements signés par plusieurs enseignes offre une voie de transparence : étiquetage, contrôles fournisseurs et cahiers des charges plus stricts permettront de mieux distinguer les produits répondant à ces exigences. À l'inverse, l'absence d'engagements rapides de certains distributeurs fait peser un risque de maintien de pratiques contestées au sein de la filière.
Quel suivi attend-on ?
Les annonces formelles des enseignes constituent une première étape. L'ICAW appelle désormais les acteurs de la grande distribution en France à clarifier et à renforcer leurs engagements, et à mettre en place des mécanismes de contrôle robustes chez leurs fournisseurs. Du côté des consommateurs, la question devrait alimenter les discussions sur la traçabilité et la responsabilité des marques et enseignes qui commercialisent des produits marins.
Sur une filière mondiale qui abat des centaines de milliards de crevettes chaque année, les décisions prises par quelques distributeurs français auront une portée relative, mais symbolique : elles peuvent orienter les pratiques chez les fournisseurs et, à terme, améliorer le bien-être animal dans les chaînes d'approvisionnement desservant le marché national.