Un bond de richesse mondiale qui pose question en France
Selon le Global Wealth Report d'UBS, la richesse des ménages a augmenté de 10,8 % en 2025 au niveau mondial, enregistrant ainsi la progression la plus rapide depuis 2017. En France, cette dynamique se traduit par un gain net de 64 604 millionnaires (en dollars), portant le total à 2,388 millions. Ce résultat place la France parmi les six pays dépassant les 2 millions de millionnaires en dollars.
Contexte budgétaire : recettes insuffisantes, dépenses difficiles à réduire
Ces chiffres interviennent alors que la France fait face à des déséquilibres persistants : le déficit public atteignait 5,1 % du PIB en 2025 et les prélèvements obligatoires se situent à 43,6 % du PIB. Le constat est simple et posé par les observateurs économiques : il devient crucial d'augmenter les recettes ou de freiner la croissance des dépenses, mais la réduction des dispositifs et des avantages budgétaires s'avère politiquement et techniquement complexe.
Facteurs aggravants : géopolitique et environnement
Le rapport souligne aussi des contraintes extérieures qui pèsent sur les comptes publics et la croissance : la nécessité d'accroître les dépenses militaires dans un contexte européen tendu, l'impact des tensions internationales sur le prix des hydrocarbures — avec un effet négatif sur la croissance (-0,1 % au premier trimestre, +0,2 % au deuxième selon l'Insee) — et les coûts liés aux événements climatiques comme les canicules et feux de forêt, qui affectent à la fois les dépenses publiques et les recettes fiscales.
Quels leviers fiscaux pour « contraindre » les ultrariches ?
Le constat d'une augmentation soutenue du nombre de fortunes importantes relance le débat autour des outils fiscaux applicables aux très hauts patrimoines et aux plus-values massives issues des marchés financiers. Plusieurs pistes sont débattues dans l'espace public (sans que le rapport UBS n'impose de solution unique) :
- réviser les barèmes et niches fiscales qui profitent aux revenus financiers ;
- mettre en place ou renforcer des prélèvements exceptionnels sur les plus-values boursières en période de gains massifs ;
- accroître la progressivité effective de l'impôt sur le revenu et de l'impôt sur la fortune, par des assiettes ou des seuils adaptés.
Chacune de ces options comporte des enjeux d'efficacité, d'équité et de mise en oeuvre administrative, ainsi que des risques de contournement ou d'exil fiscal si elles ne sont pas coordonnées au niveau européen ou international.
Quelques chiffres clés
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Progression mondiale de la richesse (2025) | +10,8 % |
| Nombre de millionnaires en France (en dollars) | 2,388 millions (+64 604) |
| Déficit public (2025) | 5,1 % du PIB |
| Prélèvements obligatoires | 43,6 % du PIB |
Enjeux pour les décideurs
Au-delà des chiffres, le débat public porte sur la capacité de l'État à capter une part équitable de ces gains de richesse sans nuire à l'attractivité économique ni provoquer d'effets d'éviction. La coordination internationale apparaît comme un élément déterminant : sans règles communes, le risque d'optimisation et d'exil fiscal peut réduire l'efficacité des mesures nationales. Pour les autorités françaises, la question est donc double : comment augmenter les recettes utiles à la réduction du déficit et comment le faire sans fragiliser des secteurs-clés ni transférer le coût sur les classes moyennes ?
La progression rapide des fortunes privées met en lumière des marges de manoeuvre possibles, mais aussi la difficulté concrète d'en faire porter la charge aux seules têtes les plus riches, sans réforme approfondie du système fiscal et des mécanismes de gouvernance internationale.