Les chiffres récents publiés par le Haut-Commissariat au Plan et constatés par Bank Al-Maghrib offrent un tableau contrasté : si l'indice des prix à la consommation a reculé en juin, la pression sur les budgets des ménages ne s'en est pas trouvée résorbée.
Un recul ponctuel des prix, sans remise à niveau durable
En données brutes, l'IPC a diminué de 0,4% entre mai et juin 2026. Cette baisse s'explique en grande partie par le repli des produits alimentaires (-0,8%) et par celui des produits non alimentaires (-0,2%). Sur un an, l'augmentation des prix n'affiche que +0,3%. L'inflation sous-jacente, qui retire les éléments les plus volatils et les tarifs publics, progresse de +0,2% sur un mois mais recule de -0,1% sur un an.
Pourquoi ces chiffres ne redonnent pas de marge de manœuvre
Une décrue statistique ne compense pas les hausses passées ni les factures incompressibles. En août, plusieurs postes de dépense se conjuguent : les restes des dépenses estivales (vacances, déplacements) et la préparation de la rentrée scolaire viennent s'ajouter aux loyers, factures d'énergie et autres charges fixes qui continuent d'absorber une large part du revenu disponible.
- Rentrée scolaire : fournitures et vêtements pèsent immédiatement sur le budget familial.
- Dépenses estivales : voyages et déplacements prolongent la période de sorties de trésorerie.
- Charges fixes : loyers, énergie et abonnements restent inchangés et non négociables à court terme.
Le moral se dégrade
Les enquêtes d'opinion confirment la tension : l'indice de confiance des ménages est retombé à 60,1 points au deuxième trimestre 2026, après 64,4 points au trimestre précédent. Certes, il reste au-dessus du niveau d'il y a un an (54,6 points), mais la dégradation récente traduit un regain de prudence.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| IPC (variation mois à mois, juin 2026) | -0,4% |
| Produits alimentaires (mois à mois) | -0,8% |
| Produits non alimentaires (mois à mois) | -0,2% |
| Inflation sur 12 mois (IPC) | +0,3% |
| Inflation sous-jacente (mois) | +0,2% |
| Confiance des ménages (T2 2026) | 60,1 pts |
Endettement et épargne : des solutions contraignantes
Les indicateurs détaillés montrent que, malgré une consommation encore dynamique, une part importante des foyers compense par des ressources exceptionnelles : retrait d'épargne ou recours au crédit. Concrètement, pour un foyer moyen, puiser dans l'épargne ou s'endetter signifiera un recul du coussin de sécurité ou une augmentation des mensualités à court terme — et donc une moindre capacité à absorber un choc futur (augmentation des carburants, une facture d'énergie plus élevée, ou des dépenses de santé imprévues).
Perceptions et anticipations
La perception des ménages est claire : 78,3% estiment que leur niveau de vie s'est détérioré sur les douze derniers mois, contre seulement 5,2% qui déclarent une amélioration. Pour les douze mois à venir, 51% anticipent encore une baisse de leur situation financière. Ces évaluations pèsent sur les comportements : épargne retardée, consommation de biens durables différée, montée de la précaution.
À quelques semaines de la rentrée, la photographie est donc paradoxale : des signes d'apaisement sur les prix coexistent avec une fragilité réelle des finances familiales. Pour les décideurs et les acteurs économiques, l'enjeu est de distinguer la simple fluctuation conjoncturelle d'une reprise durable du pouvoir d'achat. Pour les ménages, la recommandation pratique reste la même : hiérarchiser les dépenses, privilégier les achats essentiels et, si possible, éviter de substituer emprunts et épargne comme réponses durables à un choc temporaire.