Un bond local qui interpelle au plan national
Le Livret d'épargne populaire (LEP), destiné aux ménages modestes, a vu ses encours augmenter de manière notable en 2025 : au niveau national, les dépôts ont progressé en moyenne de 2,5 %, pour dépasser 84 milliards d'euros au total, selon le rapport annuel de la Banque de France consacré à l'épargne réglementée. Mais un département se distingue nettement : les Hauts‑de‑Seine enregistrent une hausse de 56 % des montants déposés sur le LEP, un chiffre surprenant au regard du profil fiscal du territoire.
Des chiffres et des écarts
Le rapport fourmille de données utiles pour comprendre l'état des livrets réglementés :
- 11,1 millions : le nombre de titulaires de LEP en France.
- 19,5 millions : le nombre de personnes éligibles au LEP.
- 6 902 € : encours moyen par LEP.
- Comparaison de taux : 2,50 % net pour le LEP contre 1,70 % pour le Livret A (taux applicable à partir du 1er août).
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Encours total LEP | 84 milliards € |
| Nombre de titulaires | 11,1 millions |
| Encours moyen | 6 902 € |
| Hausse dans les Hauts‑de‑Seine | +56 % |
Pourquoi un département marqué par la richesse voit‑il cette hausse ?
À première vue, l'augmentation paraît paradoxale : les Hauts‑de‑Seine figurent parmi les territoires où l'impôt sur le revenu moyen est élevé — le rapport cite un impôt moyen par foyer fiscal de 6 882 €, soit environ trois fois la moyenne nationale —, ce qui laisse peu de place à une forte population éligible au LEP. L'enquête de la Banque de France apporte toutefois une explication opérationnelle : la montée des encours dans ce département s'explique par la commercialisation du LEP par BoursoBank, dont le siège est à Boulogne‑Billancourt.
Distribution et allocation des clients : un effet de réseau
BoursoBank, banque en ligne qui compte plus de 8 millions de clients selon le rapport, est ainsi devenue l'un des rares établissements à proposer le LEP (aux côtés de Hello bank!). L'arrivée d'une banque d'ampleur offrant ce produit entraîne plusieurs mécanismes :
- migration interne des clients détenant déjà un Livret A vers le LEP lorsqu'ils sont éligibles ;
- facilitation de l'ouverture grâce aux interfaces en ligne et à la communication commerciale ;
- concentration géographique des effets quand le siège social et une large base de clients se trouvent dans le même département.
Conséquences et questions en suspens
Le phénomène illustre que l'offre commerciale joue un rôle déterminant dans la répartition territoriale de l'épargne réglementée. Plusieurs conséquences méritent d'être soulignées :
- l'amélioration de l'accès au LEP pour des personnes éligibles mais non encore titulaires — la Banque de France note d'ailleurs que certains éligibles conservent des sommes sur le Livret A malgré leur droit au LEP ;
- le risque d'effets d'optique statistique : une forte progression d'encours dans un département ne signifie pas nécessairement une hausse du nombre de ménages modestes, mais peut traduire un regroupement des dépôts chez un acteur local ;
- des enjeux de contrôle et d'information : la situation pose la question de la vérification de l'éligibilité et de la communication faite aux clients lors du basculement entre livrets.
En l'absence d'éléments contraires publiés dans le rapport, il convient de retenir que la progression spectaculaire observée dans les Hauts‑de‑Seine est principalement liée à l'extension de la distribution du LEP par une grande banque en ligne implantée localement. Au plan national, le défi reste de s'assurer que les ménages éligibles, estimés à 19,5 millions, bénéficient effectivement du produit le mieux rémunéré pour eux.