Un répit sur l'inflation qui réarme les US Treasuries
Les dernières publications américaines sur les prix ont offert aux marchés financiers une respiration bienvenue : le CPI est passé de 4,2% à 3,5% et le PPI a reculé de 0,3% en juin sur un mois, après une hausse de 0,6% en mai (soit 6% en rythme annuel). Ces chiffres, perçus comme un signe d'atténuation des pressions sur les prix, ont déclenché une baisse des rendements obligataires, les investisseurs anticipant un possible assouplissement futur de la Réserve fédérale.
Sur le marché des taux, la prise de risque s'est traduite par un éloignement des pires niveaux observés récemment : le rendement du 10 ans s'est établi autour de 4,55%, le 2 ans à 4,148% et le 30 ans à 5,084%.
| Durée | Rendement récent |
|---|---|
| 2 ans | 4,148% |
| 10 ans | 4,55% |
| 30 ans | 5,084% |
Une économie américaine jugée résiliente par Washington
Devant la commission bancaire du Congrès, Kevin Warsh a souligné la résilience de l'économie américaine. Les données industrielles corroborent ce constat : l'indice manufacturier de la Fed de New York a bondi à 15,6 en juillet contre 5,7 en juin, dépassant largement le consensus fixé à 9,3. Ce contraste — inflation à la baisse mais activité solide — alimente l'idée d'une fenêtre possible pour la Fed afin d'amorcer, à terme, un assouplissement de la politique monétaire si la tendance des prix se confirme.
Un tableau fragile : l'énergie et la géopolitique en embuscade
Cette détente financière repose toutefois en grande partie sur un facteur temporaire : la favorable évolution des prix de l'énergie observée entre avril et juin, qui s'est interrompue début juillet. Le contexte reste donc volatil. Plusieurs éléments géopolitiques pèsent sur les perspectives :
- Le détroit d'Ormuz est partiellement ou totalement bloqué depuis une dizaine de jours, limitant les flux pétroliers.
- Les tensions au Moyen-Orient se sont accrues : l'armée américaine a mené une série de frappes contre des cibles sur l'île iranienne de Grande Tunb, une opération de 90 minutes selon le CENTCOM.
Ces facteurs peuvent rapidement inverser la tendance des prix de l'énergie et, par ricochet, relancer les pressions inflationnistes mondiales, compliquant la feuille de route des banques centrales.
Que signifierait un retournement pour les marchés et pour les ménages ?
Si les prix de l'énergie repartent à la hausse, les taux longs pourraient se réalimenter à la hausse, pénalisant le coût du crédit pour les Etats, les entreprises et les ménages. À l'inverse, une désinflation confirmée permettrait à la Fed d'envisager des allègements sur ses taux directeurs, ce qui tendrait à soutenir les actifs risqués et à alléger la pression sur les emprunteurs.
Pour l'instant, les marchés semblent vouloir croire à un recul durable de l'inflation — une hypothèse vulnérable à l'évolution des cours pétroliers et à l'escalade géopolitique. En France et en Europe, où la sensibilité aux prix de l'énergie reste élevée, les prochains développements au Golfe et les publications de prix à la production et à la consommation seront déterminants pour la trajectoire des taux et pour le pouvoir d'achat.
En bref : le soulagement est palpable mais précaire — il dépendra moins des chiffres ponctuels que de l'évolution des prix de l'énergie et de la situation géopolitique au Moyen-Orient.