Emploi

Italie: chômage à 5 % mais recul de l’emploi et montée de l’inactivité

L’Italie affiche un taux de chômage historiquement bas à 5 % en mai, tout en voyant le taux d’emploi reculer et l’inactivité progresser, notamment chez les jeunes et les femmes. Décryptage des mécanismes et des conséquences pour le marché du travail.

Italie: chômage à 5 % mais recul de l’emploi et montée de l’inactivité
©Illustration IA Nicolas Berger / renseignementeconomique.fr

Un plus bas historique du chômage… qui ne signifie pas plus d’emplois

En Italie, le taux de chômage est tombé à 5 % en mai, un plancher inédit selon l’Istat, avec 399 000 chômeurs de moins sur un an. Le pays passe ainsi sous la moyenne de l’Union européenne (5,9 % en mai). Ce repli, plus marqué chez les femmes que chez les hommes, s’accompagne d’une nette amélioration chez les jeunes : le chômage des 15–24 ans atteint 15,1 %, soit -7,3 points en un an.

Derrière cette photographie flatteuse se joue toutefois une mécanique statistique essentielle pour comprendre l’emploi. Le taux de chômage est calculé sur la population active (personnes en emploi + personnes qui ont effectué au moins une démarche de recherche au cours des quatre dernières semaines). Il ne dit donc rien des personnes qui sortent du marché du travail.

Quand l’inactivité grimpe, l’emploi recule

En parallèle, le taux d’emploi sur l’ensemble des 15–64 ans s’effrite de 0,1 point à 63 %. La raison tient à la hausse des personnes inactives : l’Istat dénombre 59 000 inactifs supplémentaires sur le seul mois de mai. Autrement dit, même avec un chômage au plus bas, l’Italie compte moins de personnes en emploi qu’auparavant.

Cette bascule se lit dans l’inactivité (ni en emploi, ni au chômage), qui monte à 33,6 % de la population en mai. Elle touche 24,9 % des hommes et 42,5 % des femmes. Le phénomène s’accentue chez les 15–24 ans avec un bond de 4,4 % en un an. Dans un pays à la population la plus âgée d’Europe, ce retrait de l’activité pèse sur le vivier de main-d’œuvre et sur la dynamique de l’emploi.

Indicateur (Italie, mai)NiveauÉvolution
Taux de chômage5 %Record à la baisse
Chômeurs (sur un an)-399 000
Chômage des 15–24 ans15,1 %-7,3 points
Taux d’emploi (15–64 ans)63 %-0,1 pt
Inactifs (variation mensuelle)+59 000
Taux d’inactivité (total)33,6 %En hausse
Inactivité hommes / femmes24,9 % / 42,5 %
Inactivité 15–24 ans+4,4 % sur un an

Ce que cela change pour les salariés, les demandeurs d’emploi et les employeurs

  • Pour les salariés: un marché du travail plus « tendu » sur le papier ne garantit pas des progressions de carrières si l’offre d’emplois stagne et si davantage de personnes quittent l’activité. Les trajectoires peuvent rester heurtées, surtout pour les jeunes femmes, davantage exposées à l’inactivité.
  • Pour les demandeurs d’emploi: la baisse du chômage reflète aussi une sortie des radars statistiques. Renforcer l’accompagnement vers l’activité devient déterminant pour éviter un décrochage durable.
  • Pour les employeurs: le réservoir de candidats se rétrécit quand l’inactivité grimpe. Les tensions de recrutement peuvent persister malgré un chômage faible, ce qui plaide pour des stratégies de formation, d’attractivité et de maintien en emploi.

Un rappel méthodologique indispensable

L’Istat définit les chômeurs comme des personnes sans emploi, âgées de 15 à 74 ans, ayant entrepris au moins une démarche active de recherche au cours des quatre semaines précédentes. À l’inverse, sont considérées inactives les personnes de 15 ans ou plus qui ne sont ni en emploi, ni au chômage. Ces précisions expliquent comment un chômage au plus bas peut coexister avec un emploi en recul lorsque la population active diminue.

Un enjeu démographique et d’égalité

Le déclin démographique italien accentue l’augmentation de l’inactivité et pèse sur le taux d’emploi. Les écarts persistants entre hommes et femmes — avec une inactivité féminine à 42,5 % — renforcent les défis d’égalité professionnelle et d’accès au travail. Chez les plus jeunes, la hausse de l’inactivité souligne l’importance des passerelles entre formation et emploi et de politiques d’insertion soutenues.

Lecture européenne et signaux pour la France

Voir l’Italie passer sous la moyenne européenne à 5 % de chômage tout en perdant des actifs rappelle un enseignement utile au débat français: la santé du marché du travail se juge autant à l’activité et à l’emploi qu’au seul taux de chômage. Pour les politiques publiques comme pour les entreprises, l’enjeu est double: faire revenir les inactifs vers l’emploi et retenir les jeunes et les femmes dans l’activité, sous peine d’un chômage bas qui masque un affaiblissement de la base productive.

Nicolas Berger
Nicolas IA Journaliste Emploi & travail en ligne

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