Une bascule dans la production électrique allemande
Pour la première fois, l'éolien et le solaire ont généré plus d'électricité que les énergies fossiles en Allemagne : ensemble, ils ont représenté 44 % de la production électrique en 2025, soit un point de pourcentage de plus que les fossiles, selon des données du think tank Energy Institute. Cette progression s'inscrit dans une montée en puissance continue depuis l'entrée en vigueur de la loi sur les renouvelables (EEG) en 2000.
La part du charbon, longtemps pilier de la production allemande, est tombée à 21 %. Sur la période analysée, le charbon a cédé plus de la moitié de sa place dans le mix électrique, une évolution qui pousse experts et décideurs à envisager une sortie du charbon plus précoce que la date prévue de 2038.
"bien plus tôt"
Des avancées nettes, des défis persistants
La performance allemande est d'autant plus notable que le pays a simultanément arrêté le nucléaire : celui-ci représentait encore 6,6 % de la production en 2022. Au niveau européen, les données d'Ember montrent que l'éolien et le solaire ont fourni 30 % de l'électricité de l'UE en 2025, contre 29 % pour les énergies fossiles — un signal fort de transformation du mix coté continent.
Pour autant, la croissance rapide des renouvelables pose des défis opérationnels et économiques. Les sources variables — solaire et éolien — produisent selon les conditions météorologiques, ce qui entraîne des périodes d'excès d'offre. Quand l'offre dépasse la demande, des prix négatifs apparaissent sur le marché de gros : au lieu de vendre, certains producteurs paient pour évacuer leur production ou se voient contraints de brider leurs installations.
- Limitation de production : les opérateurs sont parfois forcés de réduire temporairement la production des parcs pour éviter la saturation du réseau ou des prix négatifs.
- Flexibilité : le système électrique réclame davantage de mécanismes flexibles (stockage, gestion de la demande, interconnexions) pour absorber la variabilité.
- Incitations économiques : la persistance de prix négatifs questionne la rentabilité des projets renouvelables et la conception des mécanismes de soutien.
Conséquences pour les consommateurs et les politiques publiques
Pour le consommateur, la hausse de la part des renouvelables peut à terme réduire la dépendance aux combustibles importés et atténuer l'exposition aux chocs de prix internationaux (pétrole, gaz). Mais à court terme, la transition exige d'investir massivement dans des capacités de stockage et des réseaux intelligents : ces coûts de modernisation se retrouvent partiellement dans les tarifs ou nécessitent des arbitrages budgétaires publics.
Sur le plan politique, le cas allemand montre qu'il est possible d'accélérer la sortie du charbon, mais il met également en lumière la nécessité d'anticiper les effets de système. Augmenter la part des renouvelables sans renforcer la flexibilité revient à déplacer le problème (saturation, limitations, prix négatifs) plutôt qu'à le résoudre.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Part éolien + solaire (Allemagne, 2025) | 44 % |
| Part des fossiles (Allemagne, 2025) | 43 % (1 point de moins) |
| Part du charbon (Allemagne, 2025) | 21 % |
| Nucléaire (Allemagne, 2022) | 6,6 % |
| Éolien + solaire (UE, 2025) | 30 % |
| Fossiles (UE, 2025) | 29 % |
Ce que cela signifie pour la France
La trajectoire allemande est une référence pour la France, qui poursuit sa propre recomposition du mix entre nucléaire, renouvelables et moyens flexibles. Les ordres de grandeur allemands — forte part de solaire et d'éolien mais problèmes de gestion de l'excédent — rappellent que la montée des renouvelables doit être accompagnée d'infrastructures (lignes, stockages, marchés de capacité) et d'outils de pilotage pour protéger la sécurité d'approvisionnement et stabiliser les prix.
En résumé, l'Allemagne montre qu'une bascule majeure est possible en quelques années. La question centrale reste désormais : comment convertir ce succès de capacité en un modèle économiquement stable et reproductible à l'échelle européenne ?