Un décret pour soulager la trésorerie des petites entreprises affectées
Le décret instituant une aide exceptionnelle aux Très Petites Entreprises (TPE) et Petites et Moyennes Entreprises (PME) touchées par les incendies est entré en vigueur le 15 août 2026. Il prévoit que l'État prend en charge intégralement les indemnités d'activité partielle versées aux salariés évacués des zones sinistrées — précisément en Gironde, dans les Landes et dans le Var — pour la période allant du 20 juillet au 30 août.
Cette décision, annoncée dans un contexte d'urgence et politique — le Premier ministre Sébastien Lecornu étant attendu en Gironde le 17 août — vise à supprimer le reste à charge de l'employeur lorsqu'il recourt à l'activité partielle pour des salariés exposés aux conséquences immédiates des feux.
Les limites pointées par les professionnels
Malgré l'accueil généralement positif d'une aide financière ciblée, les acteurs du terrain estiment que le dispositif ne couvre qu'une partie des effets économiques des incendies. Plusieurs représentants interrogés signalent que l'impact se mesure au-delà des seuls salaires indemnisés : interruption d'activité, perte de clientèle et dégâts matériels génèrent des pertes d'exploitation substantielles.
"Tout l'impact des incendies ne se mesure pas à une activité partielle. Il va y avoir automatiquement des pertes d'exploitation, qui peuvent aller entre 1.500 et 3.000 euros par jour",
a souligné Michel Bazin, représentant des Entrepreneurs de Travaux Forestiers en Nouvelle-Aquitaine, qui rappelle aussi l'effet d'effet de frontière : des sociétés situées juste hors des départements ciblés ont subi des dommages similaires sans pouvoir prétendre à la mesure.
Profils d'entreprises laissés de côté
Le texte ne s'applique qu'aux entreprises situées dans les trois départements mentionnés. Cette restriction géographique suscite des interrogations : des activités proches des limites administratives — par exemple en Lot-et-Garonne — rapportent des préjudices comparables mais restent exclues du dispositif.
Par ailleurs, certains secteurs comme l'hôtellerie de plein air exposent une situation particulière : les campings ont souvent un personnel qui a accumulé ou rattrapé des heures pendant la crise. Le système d'activité partielle n'est donc pas toujours mobilisable pour compenser la baisse d'activité.
"On a pas fait nos sous cet été",observe Guillaume Gruat, président du Syndicat Départemental de l'Hôtellerie de Plein Air des Landes, en soulignant une baisse de chiffre d'affaires — citée autour de 20% pour certains acteurs — qui n'est pas couverte par la mesure.
Conséquences pour les salariés, les employeurs et le redressement local
Concrètement, pour la période définie, les employeurs des zones concernées ne supportent plus le coût des indemnités d'activité partielle. Cela protège temporairement la trésorerie et évite des licenciements mécaniques liés à des absences ou évacuations imposées.
Cependant, la prise en charge des seules indemnités ne règle pas :
- les pertes d'exploitation quotidiennes liées à l'arrêt ou la baisse d'activité, estimées par certains professionnels entre 1.500 et 3.000 euros par jour ;
- les préjudices hors périmètre administratif pour des entreprises impactées mais situées hors des trois départements ;
- les besoins de trésorerie pour la remise en état des infrastructures ou la relance commerciale après la saison touristique.
Tableau récapitulatif du dispositif
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Période couverte | 20 juillet - 30 août |
| Départements concernés | Gironde, Landes, Var |
| Nature de la prise en charge | Intégrale des indemnités d'activité partielle |
Sur le plan social, la mesure limite le risque immédiat de chômage technique pris en charge par les employeurs, mais n'offre pas de compensation directe pour les pertes de chiffre d'affaires. Pour les salariés, l'indemnité d'activité partielle maintient un niveau de revenus, pour autant que le recours à l'activité partielle soit applicable à leur situation.
Enjeux à court et moyen terme
À court terme, la décision désamorce une partie du choc financier pour les employeurs des zones sinistrées. À moyen terme, la relance dépendra de dispositifs complémentaires couvrant les pertes d'exploitation, l'accès au crédit et les aides pour la remise en état des sites et des équipements.
Les voix du terrain appellent déjà le gouvernement à étendre le périmètre ou à prévoir des mécanismes de soutien supplémentaires pour les entreprises « en limite » des départements touchés et pour les secteurs touristiques fortement dépendants de la saison. Le rendez-vous politique est fixé: la visite du Premier ministre en Gironde témoigne de la mobilisation de l'exécutif, mais les attentes des entrepreneurs restent élevées sur des mesures plus globales et adaptées aux réalités locales.