Une décision réglementaire aux conséquences immédiates pour la filière
La France a décidé, depuis la mi-mai, d'appliquer strictement la réglementation européenne relative aux « nouveaux aliments » (novel food) pour les produits contenant du CBD. Conséquence directe pour la filière : environ 1 200 producteurs de chanvre ne peuvent plus commercialiser des aliments tels que huiles, bonbons ou tisanes contenant cette molécule.
Pour plusieurs exploitations, la mesure n'est pas théorique : elle pèse sur la production, l'emploi et la trésorerie. Un producteur de Fégréac, cité par Hit West, indique avoir perdu une part majeure de son activité et a suspendu sa culture annuelle. Plusieurs exploitants évoquent l'impossibilité de reconduire des contrats de travail et l'arrêt immédiat de ventes qui représentaient jusqu'à des proportions significatives du chiffre d'affaires.
Impacts économiques et sociaux
- Perte de chiffre d'affaires : des exploitants parlent de chute drastique des revenus, jusqu'à 70% pour certains.
- Sous-activité ou arrêt de culture : face à l'incertitude réglementaire, des producteurs choisissent de ne pas cultiver cette année.
- Emploi menacé : la disparition d'une part substantielle de l'activité conduit à des non-renouvellements de contrats salariés.
Arguments et ressentis des producteurs
De nombreux producteurs estiment que la décision est excessive et pénalise des débouchés légitimes pour une culture encadrée. L'un d'eux exprime le sentiment d'injustice et la frustration liée à une pratique longtemps tolérée et devenue subitement proscrite pour les produits alimentaires :
« Je perds 70% de mon chiffre d'affaires. C'est la porte qui claque. »
Ce témoignage illustre l'ampleur du choc pour des exploitations souvent de taille modeste, pour lesquelles la transformation et la vente directe de produits à base de CBD représentaient un débouché important et souvent complémentaire aux revenus agricoles.
Cadre réglementaire et incertitudes
La Direction générale de l'alimentation (DGAL) applique la procédure européenne des « novel foods » qui exige une évaluation avant la mise sur le marché d'aliments contenant de nouvelles substances ou ingrédients. À ce jour, la mise sur le marché d'aliments contenant du CBD n'a pas reçu d'autorisation européenne, d'où l'interdiction nationale stricte. Parallèlement, certaines utilisations de la plante restent autorisées : la vente de fleurs à fumer est toujours permise selon le même reportage.
Que laisse entrevoir la suite pour la filière ?
À court terme, la décision crée une contraction des débouchés commerciaux et une incertitude pour les producteurs qui comptaient sur la transformation alimentaire pour valoriser leur récolte. À moyen terme, l'évolution dépendra de l'avancée des procédures européennes d'évaluation des nouveaux aliments et d'éventuels ajustements réglementaires nationaux. Entre-temps, les acteurs de la filière devront composer avec des marchés domestiques restreints et la nécessité éventuelle de diversifier leurs débouchés ou de s'orienter vers d'autres usages autorisés de la plante.
| Élément | Chiffre / constat |
|---|---|
| Producteurs concernés | 1 200 |
| Perte de chiffre d'affaires signalée (exemple) | 70% |
| Usages alimentaires interdits | Huiles, tisanes, bonbons contenant du CBD |
La décision française illustre la tension entre encadrement sanitaire européen et attentes d'une filière agricole en quête de valorisation. Elle pose à la fois une question sociale immédiate pour des exploitations touchées et un défi réglementaire pour l'avenir de l'utilisation du chanvre en France.