Un recours annoncé à l'épargne réglementée pour cofinancer le nucléaire
Le gouvernement envisage d'orienter une part importante de l'épargne disponible sur les produits réglementés vers le financement du renouvellement du parc nucléaire : jusqu'à 60 % du programme portant sur six réacteurs EPR2 seraient ainsi couverts par cette ressource, selon les éléments rendus publics à ce stade. Aucune méthode détaillée n'a toutefois été communiquée sur le montage précis ni sur l'articulation avec les autres engagements de la Caisse des Dépôts.
Des livrets déjà mis à l'épreuve
Le contexte financier qui précède cette annonce pèse sur la capacité d'intervention : au 30 juin 2026, l'encours cumulé du Livret A et du LDDS atteint 608,3 milliards d'euros, dont 443,7 milliards pour le seul Livret A. Depuis le 1er août, le taux du Livret A a été relevé à 1,7 %, première hausse en trois ans, mais elle n'a pas suffi à stopper l'érosion des flux.
Sur le premier semestre, les mouvements nets sont négatifs : les retraits ont dépassé les versements, cumulant près de 6,9 milliards d'euros de sorties nettes, un niveau inégalé pour un premier semestre depuis 2008. Les mois les plus marquants :
- Janvier : sorties nettes dès le début d'année, à hauteur de 2,27 milliards d'euros pour les deux produits réunis.
- Mars : sorties nettes de 490 millions d'euros, un record pour ce mois depuis le début des séries en 2009.
- Avril : un pic à 1,28 milliard d'euros retirés.
- Juin : sixième mois consécutif de sorties nettes, 1,17 milliard.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Encours Livret A + LDDS (30/06/2026) | 608,3 Mds € |
| Encours Livret A | 443,7 Mds € |
| Taux Livret A (depuis 01/08/2026) | 1,7 % |
| Sorties nettes cumulé 1er semestre 2026 | ~6,9 Mds € |
Quelle capacité de financement pour la Caisse des Dépôts ?
La Caisse des Dépôts, gestionnaire historique d'une grande partie de l'épargne réglementée, ferait face à un double enjeu : maintenir la liquidité nécessaire pour assurer les demandes de retrait des épargnants tout en honorant des engagements de long terme pour des projets industriels de très grande ampleur. Le scénario décrit laisse planer des questions pratiques et comptables : comment concilier la vocation de ces livrets (disponibilité et sécurité pour les ménages) avec l'orientation de fonds vers des investissements souverains lourds et pluriannuels ?
Conséquences pour les épargnants et les marchés
Plusieurs conséquences peuvent être anticipées sans présumer des décisions finales :
- une pression sur la gestion des liquidités de la Caisse des Dépôts si les sorties nettes persistent ;
- un débat public probable sur la destination de ressources souvent perçues comme « sacrées » pour le logement ou le financement local ;
- des arbitrages politiques concernant la rémunération, la disponibilité et la protection des fonds des ménages.
Un calendrier serré et des précisions attendues
Le recours à l'épargne des livrets est envisagé à compter de 2027. D'ici là, les autorités devront clarifier les modalités (quotas, garanties de liquidité, contreparties pour les déposants) et montrer comment la Caisse des Dépôts pourra concilier cette mobilisation avec ses autres engagements. En l'absence de chiffrage opérationnel publié, le projet ouvre un chantier important de pédagogie et de gouvernance autour de l'utilisation de l'épargne réglementée.
Élodie Marchal
Journaliste Épargne & placements, Renseignement Économique