Un bilan 2025 en croissance, mais un aiguillon sur les capacités de recrutement
Le Groupement des industries de construction et activités navales (GICAN) a livré début juillet son bilan pour l'année 2025 : la filière réalise 17,1 milliards d'euros de chiffre d'affaires et rassemble 59 100 emplois directs. Ces chiffres confirment une progression par rapport à 2024, où la même filière avait affiché 15,9 milliards d'euros et 58 200 emplois.
Cette évolution résulte d'une combinaison d'éléments : une augmentation réelle des carnets de commandes — qui ont atteint 38 milliards d'euros de contrats signés en 2025 — et un ajustement du périmètre statistique du GICAN, avec l'intégration de fabricants de robots sous-marins et de drones, désormais comptés dans la filière.
Des bassins concentrés et des spécialisations géographiques
La filière française est très concentrée sur quelques bassins industriels. Le rapport distingue cinq zones majeures, chacune avec des métiers spécifiques :
- Saint-Nazaire : construction
- Cherbourg : assemblage
- Toulon : entretien
- Brest : réparation
- Un cinquième pôle qui n'a pas de littoral, autour de la capitale
Les cales, halls d'assemblage et bureaux d'études capables d'exécuter ces commandes existent aujourd'hui et emploient les effectifs actuels. Mais la transformation des carnets en production effective prendra du temps : un navire de guerre est généralement livré 5 à 10 ans après la commande, un paquebot 3 à 4 ans après signature.
Un défi majeur : 9 600 postes à pourvoir d'ici 2030
Le GICAN alerte sur un manque structurel de main-d'œuvre : les bassins navals français devront trouver 9 600 personnes supplémentaires d'ici 2030 pour répondre aux besoins annoncés. Ce déficit pose des questions sur la capacité de la filière à absorber l'augmentation des commandes et à tenir les calendriers de production.
| Indicateur | 2024 | 2025 |
|---|---|---|
| Chiffre d'affaires | 15,9 Md€ | 17,1 Md€ |
| Emplois directs | 58 200 | 59 100 |
| Carnets de commandes | 38 Md€ (contrats signés en 2025) | |
Conséquences pour la filière, les salariés et les donneurs d'ordre
Pour les entreprises, la hausse des commandes crée une visibilité long terme mais renforce les besoins en compétences pointues : opérateurs d'atelier, techniciens d'assemblage, ingénieurs bureaus d'études et spécialistes des nouveaux équipements (drones, robots sous-marins). L'intégration de ces activités au périmètre du GICAN illustre la transformation technologique du secteur.
Pour les salariés, la tension sur le recrutement peut signifier une pression à la hausse sur les salaires et davantage d'efforts en matière de formation continue. Les chantiers et ateliers devront aussi investir pour moderniser les outils de production et attirer des profils jeunes ou reconvertis.
Enfin, pour l'État et les donneurs d'ordre (notamment la défense), l'enjeu est double : garantir la montée en compétences suffisante pour respecter les délais de livraison, tout en soutenant l'attractivité des métiers navals face à la concurrence internationale.
Quelles pistes pour combler l'écart ?
- Renforcer les formations initiales et les filières d'apprentissage orientées métiers navals.
- Développer des plans de montée en compétences et la reconversion professionnelle pour secteurs voisins.
- Investir dans l'innovation industrielle et l'automatisation pour compenser la pénurie de main-d'œuvre.
Le rapport du GICAN met en lumière une filière en croissance, soutenue par des carnets de commandes conséquents, mais confrontée à un enjeu sensible de ressources humaines. La capacité des acteurs publics et privés à coordonner formation, investissements et stratégie industrielle déterminera si la France pourra concrétiser ces commandes sans perdre de terrain.