Alors que les récents épisodes d'hostilités au Moyen-Orient ravivent le risque d'une perturbation des flux pétroliers, la Commission européenne et l'Agence internationale de l'énergie (AIE) placent l'électrification au cœur de la stratégie de résilience énergétique de l'Europe. Le commissaire européen à l'Énergie, Dan Jørgensen, et le directeur exécutif de l'AIE, Fatih Birol, ont exposé à Euronews les raisons pour lesquelles le continent ne peut laisser la volatilité des combustibles fossiles dicter sa trajectoire.
Un risque immédiat — mais une réponse structurelle
Les deux responsables estiment que l'Europe n'est pas en situation de pénurie immédiate, mais reste exposée à des « chocs d'offre et de prix » si le détroit d'Ormuz venait à être perturbé. Ces chocs se répercutent rapidement sur les prix du pétrole et peuvent, à leur tour, exercer des pressions inflationnistes sur l'économie européenne. Plutôt que de reprendre des importations d'énergie russe, option jugée inacceptable par les institutions, la solution préconisée est d'accélérer la transformation du mix énergétique.
"Nous sommes dans une situation très grave. Je ne dis pas aux gens, aux entreprises ou aux décideurs de ne pas être inquiets. Il y a malheureusement des raisons de l'être. Mais nous pouvons agir et nous agirons",
a déclaré Dan Jørgensen. Fatih Birol a souligné que la fermeture éventuelle du détroit d'Ormuz aurait "des conséquences significatives pour les économies".
Ce que l'électrification implique concrètement
Selon les responsables, la trajectoire souhaitée combine plusieurs leviers complémentaires que la France et l'Europe doivent intensifier :
- Déploiement massif des renouvelables pour réduire la part de la demande satisfaite par les combustibles fossiles ;
- Accélération du parc nucléaire là où il est politiquement et techniquement pertinent pour assurer une production pilotable et décarbonée ;
- Renforcement des réseaux électriques pour gérer des flux plus importants et variés d'électricité ;
- Démultiplication des usages électriques (véhicules, pompes à chaleur, électrolyse) pour substituer les produits pétroliers dans la consommation finale.
Impacts pour la France : stabilité des prix et dépendance
Pour le consommateur français, l'enjeu n'est pas seulement environnemental : il est aussi économique. Une plus grande part d'électricité décarbonée dans la consommation limite l'exposition directe aux variations du cours du pétrole et, par ricochet, aux poussées inflationnistes liées aux importations d'hydrocarbures. À l'inverse, un retour aux achats massifs d'énergie fossile à bas coût à l'étranger risquerait d'accroître la vulnérabilité face aux chocs géopolitiques.
Quels obstacles restent à lever ?
Les interventions de Jørgensen et Birol insistent sur la nécessité d'investissements importants dans les infrastructures et sur des choix politiques clairs. Il faudra calibrer les calendriers de développement des renouvelables et du nucléaire, sécuriser les chaînes d'approvisionnement industrielles (équipements, puces, électrolyseurs) et adapter la régulation des marchés de l'électricité pour intégrer des volumes croissants d'électricité décarbonée et flexible.
| Levier | Effet attendu |
|---|---|
| Renouvelables | Réduction de la dépendance aux combustibles fossiles |
| Nucléaire | Production pilotable et bas carbone |
| Réseaux | Intégration et résilience du système électrique |
| Électrification des usages | Substitution des carburants et réduction des importations |
En filigrane, le message est clair pour les décideurs nationaux : affronter les risques entraînés par des tensions géopolitiques ne se limite pas à des mesures d'urgence sur les marchés, mais demande une réorientation stratégique et des investissements soutenus. L'électrification, soutiennent Jørgensen et Birol, est la voie longue qui réduit durablement la sensibilité des économies européennes aux aléas du pétrole.