La chaîne Misenso, créée par Migros puis vendue à Neuroth, a déclaré sa faillite. L'annonce, confirmée à l'agence AWP par un porte‑parole de la maison mère, fait état d'un réseau réduit à 18 points de vente en Suisse et d'environ 140 collaborateurs concernés par la procédure engagée devant l'Office des faillites de Zurich.
Un historique d'échecs malgré plusieurs tentatives de redressement
Fondée par Migros il y a six ans, Misenso n'a selon son nouvel actionnaire « jamais été rentable ». En juin 2024, la Fédération des coopératives Migros avait cédé l'enseigne au groupe autrichien Neuroth dans le cadre d'une vaste restructuration. Au moment du rachat, Neuroth avait repris 25 points de vente ; le réseau avait ensuite connu une phase d'expansion ponctuée par l'ouverture de trois nouveaux magasins, portant temporairement le total à 28.
Cependant, les difficultés économiques se sont rapidement manifestées : en septembre 2025, Misenso a annoncé la fermeture de 11 points de vente, entraînant la suppression de 63 postes. Les mesures prises — réorganisations, changements managériaux et réduction du parc de magasins — n'ont pas permis d'inverser la trajectoire financière.
Ce que dit Neuroth et quelles conséquences
"Ni les ajustements stratégiques, ni les changements de gestion opérationnelle, ni les mesures prises pour accroître les ventes [...] n'ont permis d'améliorer sensiblement la situation financière de Misenso."
Le porte‑parole de Neuroth souligne que, en raison de la procédure en cours, aucun détail supplémentaire, notamment sur les obligations financières, ne peut être communiqué. Lors du rachat, la direction autrichienne espérait une expansion : le directeur général Lukas Schinko évoquait un objectif de 40 à 50 magasins. Ces ambitions sont aujourd'hui compromises par l'effondrement des résultats.
Impacts pour le secteur, les salariés et les clients
- Pour les salariés : environ 140 emplois sont directement affectés par la faillite et la procédure judiciaire. Les précédentes fermetures avaient déjà entraîné des suppressions de postes massives.
- Pour le marché : la disparition d'un réseau spécialisé dans l'optique et l'audition réduit l'offre de proximité, surtout dans les points situés au sein des magasins Migros, et peut accélérer la consolidation du secteur entre acteurs nationaux et internationaux.
- Pour les clients : les fermetures risquent de perturber la continuité des services (suivi audioprothétique, garanties, adaptations d'appareils), dont la gestion dépendra des décisions du tribunal des faillites et d'éventuels repreneurs.
La situation illustre les difficultés à transformer une déclinaison d'enseigne en chaîne rentable, même avec le soutien d'un groupe spécialisé. Les espoirs d'expansion affichés lors de l'acquisition se sont heurtés à une réalité commerciale défavorable, malgré des ajustements de réseau et des investissements ciblés.
À court terme : procédure judiciaire et incertitudes
L'affaire est désormais gérée par l'Office des faillites de Zurich. Tant que la procédure est ouverte, le groupe Neuroth s'interdit de communiquer sur les montants dus ou les modalités concrètes d'une éventuelle reprise partielle. Les prochaines étapes dépendront des créanciers, d'offres de rachat éventuelles et des décisions du tribunal, qui détermineront le sort des magasins et des salariés.
La faillite de Misenso pose aussi la question de la viabilité des modèles intégrés au sein de grands distributeurs et de la capacité des repreneurs internationaux à redresser des réseaux spécialisés sur des marchés nationaux hétérogènes. En l'absence d'acheteurs, la fermeture définitive de points de vente et la perte d'emplois resteront le scénario le plus probable.