Un ajustement du ratio de levier à l’examen
La Bank of England étudie la possibilité de modifier la façon dont elle intègre les obligations d'État britanniques (« gilts ») dans le calcul du ratio de levier. Cette réflexion apparaît dans le contexte du prochain Financial Stability Report et intervient après une série de décisions réglementaires récentes, dont l'assouplissement d'une exigence clé de fonds propres en décembre.
Des gains potentiels pour l'État et pour les banques
Plusieurs établissements estiment qu'un changement de méthode encouragerait les banques à accroître leurs détentions de gilts «
libres de toute charge», c’est‑à‑dire ceux qu’elles peuvent vendre librement et qui ne sont pas immobilisés comme collatéral. Selon les calculs repris par les banques, ce mouvement pourrait se traduire par :
- jusqu'à 150 milliards de livres supplémentaires de gilts détenus par les banques ;
- une baisse moyenne des rendements des obligations d'environ 0,2 point de pourcentage ;
- une économie sur le service de la dette publique évaluée à 2,5 milliards de livres par an.
Comment fonctionne le ratio de levier
Le ratio de levier oblige les banques à détenir un niveau minimal de fonds propres rapporté à l'ensemble de leurs actifs, sans pondération significative selon le risque. Aujourd'hui, ce ratio impose des fonds propres représentant un peu plus de 3,25 % des actifs. Certains groupes, comme Barclays, plaident pour que les avoirs en gilts ne soient pas comptabilisés dans ce ratio, arguant qu'ils constituent des placements sûrs et liquides.
Des bénéfices immédiats mais des risques sur la résilience
À court terme, un tel amendement encouragerait les banques britanniques à reprendre une plus grande part de la dette souveraine sur leur bilan, faisant baisser mécaniquement les taux exigés par les investisseurs et réduisant le coût de refinancement de l'État. Toutefois, des voix discordantes, notamment d'anciens régulateurs, mettent en garde : alléger la prise en compte des gilts dans le levier pourrait accroître certains risques financiers et affaiblir la résilience du système bancaire en cas de choc.
Contexte international et pression concurrentielle
La réflexion de la BoE s'inscrit aussi dans un contexte de pression concurrentielle : des assouplissements similaires aux États‑Unis en novembre ont réduit l'écart réglementaire entre places financières et poussé certains acteurs à réclamer des adaptations au Royaume‑Uni afin d'éviter une perte d'avantage compétitif pour les prêteurs locaux.
Conséquences pour les clients et pour les marchés
Pour les marchés, une décision favorable aux banques pourrait se traduire par une remontée des cours des gilts (et donc une baisse des rendements), réduisant le coût du service de la dette publique. Pour les clients bancaires, l'impact est moins direct : les banques pourraient réorienter leurs bilans et leurs politiques d'investissement, mais la traduction sur les tarifs ou les conditions de crédit dépendra d'autres facteurs macroéconomiques et de la stratégie de chaque établissement.
| Effet attendu | Estimation fournie |
|---|---|
| Gilts supplémentaires détenus | 150 milliards £ |
| Baisse moyenne des rendements | 0,2 point % |
| Économie annuelle sur les intérêts publics | 2,5 milliards £ |
| Ratio de levier actuel | ≈ 3,25 % |
La Bank of England présentera ses conclusions lors de la publication de son rapport semestriel sur la stabilité financière. Les décisions qui en découleront détermineront non seulement la stratégie des banques britanniques, mais pourront aussi inspirer des réflexions réglementaires ailleurs en Europe, où l'équilibre entre compétitivité des acteurs financiers et robustesse du système demeure un sujet central.