Un renversement dans la structure de l'endettement
Au 31 décembre 2025, l'encours de la dette publique du Gabon s'élève à 8 780,337 milliards de FCFA, selon le dernier bulletin statistique de la Direction générale de la Dette (DGD). Sur douze mois, l'augmentation atteint 23,09%, soit un supplément de 1 647 milliards de FCFA. Contrairement aux évolutions récentes où les financements extérieurs dominaient, c'est la dette intérieure qui devient désormais la composante principale de l'encours.
La dette intérieure se situe à 4 652,718 milliards de FCFA fin 2025, contre 4 127,620 milliards de FCFA pour la dette extérieure. En un an, la dette contractée sur le territoire national a augmenté de 1 687,932 milliards de FCFA, soit une progression de 56,93%. À l'inverse, l'encours des engagements extérieurs recule légèrement, de 40,887 milliards de FCFA (-0,98%).
Pourquoi cette hausse interne ?
La DGD met en avant deux facteurs principaux pour expliquer ce basculement :
- l'intégration de dettes moratoires validées par une Task-Force et désormais prises en charge par la DGD ;
- un recours accru aux financements mobilisés sur le marché financier régional.
Ces mécanismes modifient sensiblement la composition de la dette publique et expliquent que la croissance de l'encours provienne principalement d'engagements contractés à l'intérieur du pays.
Répartition de la dette extérieure
Si la dette extérieure recule, sa structure reste diversifiée entre bilatéral, multilatéral, commerciale et marchés internationaux. Voici la ventilation publiée :
| Catégorie | Montant (milliards FCFA) |
|---|---|
| Dettes bilatérales | 764,510 |
| Dettes multilatérales | 1 580,736 |
| Dettes commerciales | 406,108 |
| Emprunts marchés internationaux | 1 376,266 |
Conséquences et risques
La montée rapide de la dette intérieure soulève plusieurs questions concrètes pour l'économie gabonaise et ses partenaires :
- Pression sur les finances publiques : un transfert de la dette vers des créanciers domestiques peut réduire l'espace budgétaire si le service de la dette augmente les besoins de financement.
- Risque de crowding-out : un emprunt massif sur le marché local peut absorber l'épargne disponible et renchérir le coût du crédit pour les entreprises et les ménages.
- Continuité des financements externes : la légère baisse des engagements extérieurs (‑ 40,887 milliards FCFA) peut refléter un ajustement des partenaires ou des conditions de marché, à surveiller pour l'accès futur aux capitaux internationaux.
En synthèse, si l'encours global de la dette augmente de façon marquée, la nature de cet endettement change : le Gabon s'appuie davantage sur des ressources internes et des instruments régionaux pour répondre à ses besoins de financement. Cette évolution peut offrir une certaine résilience face aux chocs externes, mais elle entraîne aussi des contraintes nouvelles sur le marché financier domestique et sur la gestion budgétaire.
La suite dépendra de la capacité des autorités à maîtriser le service de cette dette intérieure, à préserver l'accès aux financements internationaux et à convertir ces ressources en investissements productifs. Sans ajustement, la soutenabilité budgétaire et la dynamique du crédit domestique resteront au cœur des préoccupations pour 2026 et au-delà.