La Maison Blanche a formellement mis sous pression Lisa Cook, membre du conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale américaine, en lui adressant un courrier l'informant que le président Donald Trump examinait la possibilité de l'obliger à quitter ses fonctions. La démarche, révélée par l'AFP, place au cœur du débat la question de l'autonomie de la banque centrale la plus influente au monde et ses conséquences pour la stabilité financière internationale.
Les faits et la procédure engagée
Selon le document signé par le chef de cabinet adjoint Dan Scavino, Mme Cook dispose de 21 jours pour répondre aux allégations auxquelles elle serait "confrontée depuis au moins le 25 août 2025" et pour lesquelles elle n'aurait "jamais apporté la moindre explication". En réponse immédiate, la gouverneure a saisi la justice afin de contester toute décision la contraignant à abandonner son siège au sein du conseil.
Contexte politique et juridique
Nomée en 2022 sur proposition de l'ancien président Joe Biden, Lisa Cook — économiste et ancienne conseillère économique d'administrations démocrates — occupe un mandat courant théoriquement jusqu'en janvier 2038. Elle reste, à ce jour, la seule femme noire à siéger parmi les gouverneurs de la Fed. Sa nomination avait déjà suscité une opposition marquée de la part du Parti républicain.
- Le président Trump a publiquement évoqué un "motif valable" pour révoquer Mme Cook, en s'appuyant sur des accusations liées à des déclarations immobilières.
- La Cour suprême avait récemment précisé que le chef de l'État peut révoquer un responsable monétaire pour un « motif valable », sans pour autant laisser entendre que ce pouvoir soit illimité.
- La gouverneure conteste la portée des accusations et parle d'une erreur administrative, choisissant la voie judiciaire pour rester en fonction.
"cela ne veut pas dire qu’il peut en décider pour n’importe quel motif, ou aucun motif"
Enjeux pour l'économie mondiale et la France
Au-delà de la personnalité concernée, l'affrontement expose un risque d'instrumentalisation de la politique de gouvernance de la Fed. Une modification brutale de la composition du conseil, ou la menace permanente d'éviction de ses membres, peut fragiliser la crédibilité institutionnelle de la banque centrale, susciter de la volatilité sur les marchés et compliquer la lecture des orientations monétaires par les banques et investisseurs internationaux, y compris en France.
Calendrier et perspectives
La procédure ouverte par la Maison Blanche doit encore franchir plusieurs étapes : réponse de Mme Cook sous 21 jours, puis phases éventuelles de recours judiciaires. Le dossier s'inscrit également dans la stratégie de M. Trump, qui, tout en cherchant à nommer un nouveau président à la Fed — évoqué comme Kevin Warsh par son camp — tend à remodeler l'équipe dirigeante de la banque centrale.
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Nomination de Lisa Cook | 2022 |
| Date à laquelle les accusations seraient connues | 25 août 2025 |
| Délai pour réponse au courrier | 21 jours |
| Mandat courant | jusqu'en janvier 2038 |
La suite judiciaire et politique de cette affaire sera suivie de près par les marchés et par les banques centrales étrangères. Pour la France, où la lecture des décisions de la Fed conditionne les anticipations sur les taux et l'euro/dollar, toute remise en cause de l'indépendance de la Réserve fédérale constituerait un point de friction majeur pour la gestion des portefeuilles, la politique monétaire de la Banque centrale européenne et les décisions des acteurs économiques.