Un déséquilibre sur le marché des distillats qui pèse sur les prix
Le débat sur l'évolution de l'inflation ne peut plus se cantonner au seul prix du brut. Le marché du diesel est en train de prendre le relais comme vecteur d'un choc énergétique susceptible d'avoir des répercussions plus immédiates et plus larges sur l'économie.
Depuis le début du mois de juillet, les exportations russes de diesel ont fortement reculé après des attaques contre des raffineries. La Russie, deuxième exportateur mondial derrière les États-Unis, a vu ses expéditions chuter à environ 234 000 barils par jour, contre une moyenne proche de 817 000 barils par jour en 2025. Ce retrait d'offre alimente une flambée des contrats sur le diesel et fait remonter les marges de raffinage des distillats à des niveaux proches de ceux observés au printemps lors des tensions entre les États-Unis et l'Iran.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Exportations russes de diesel (début juillet) | ~234 000 b/j |
| Moyenne 2025 | ~817 000 b/j |
| Bénéfice opérationnel Valero (1er trimestre) | 1,8 MdUSD |
Pourquoi le diesel influe plus rapidement sur les prix que le Brent
Le diesel alimente des segments-clés de l'économie : transport routier, engins agricoles, chantiers, et certains procédés industriels. Une hausse durable de son prix se répercute donc vite sur les coûts logistiques, les prix des denrées et les marges des entreprises. Autrement dit, même si le prix du Brent reste contenu, la hausse des produits raffinés peut continuer d'entretenir des pressions inflationnistes.
Les acteurs du raffinage s'organisent déjà en fonction de ce nouvel équilibre. Plusieurs groupes américains ont indiqué anticiper une tension prolongée :
- Valero estime que la partie lointaine de la courbe des marges est sous-évaluée, laissant entendre que les prix futurs des distillats pourraient rester élevés si les contraintes d'offre persistent.
- Phillips 66 juge le marché mondial des carburants tendu, notamment pour le kérosène, et considère que des marges élevées seront nécessaires pour inciter à un redémarrage de la production de certaines raffineries.
Des gagnants et des perdants déjà identifiables
Dans ce contexte, certains raffinieurs profitent directement du resserrement de l'offre. Valero a ainsi déclaré un bénéfice opérationnel de 1,8 milliard de dollars au premier trimestre, contre une perte un an plus tôt, et a adapté sa production pour augmenter la part de kérosène dans ses distillats afin d'approvisionner la demande internationale.
Pour les consommateurs et les entreprises, le risque est double : une hausse des dépenses de carburant pour les transporteurs — qui se traduit par une augmentation du coût du fret — et un renchérissement des intrants pour l'agroalimentaire et certains secteurs industriels. Ces transmissions sont mécaniques : une augmentation des tarifs de transport pèse sur les prix à la consommation et détériore les marges si les entreprises ne peuvent pas entièrement répercuter les coûts.
Conséquences pour la politique économique et la prévision de l'inflation
Pour les banques centrales et les prévisionnistes, cette dynamique complique les projections. Un Brent stable n'exclut pas une inflation plus tenace si les prix des produits raffinés restent élevés. Sur le plan opérationnel, cela peut signifier une variabilité accrue des indices de prix à la consommation et une nécessité pour les autorités de surveiller les composantes énergétiques raffinées en plus du brut.
En clair, l'évolution des marges de raffinage et la disponibilité du diesel deviennent des variables macroéconomiques clés. Si l'offre ne se rétablit pas rapidement — par une reprise des exportations ou une montée en cadence des capacités de raffinage ailleurs —, les consommateurs français pourraient ressentir des effets sur leur facture finale (carburants, alimentation) malgré un marché du brut qui paraîtrait calme.
Reste à suivre l'évolution des exportations russes dans les prochaines semaines et la réaction des raffineurs mondiaux, dont une hausse durable de la production est nécessaire pour résorber la pénurie. Tant que l'offre restera comprimée, le risque d'un retour de l'inflation via le canal des produits raffinés restera élevé.