Emploi

Le chômage des 15-24 ans repart à la hausse : l'IA et la disparition des postes d'entrée pointées par l'OIT

L'Organisation internationale du travail alerte : en 2025, 67 millions de jeunes étaient sans emploi et 257 millions ne travaillaient, n'étudiaient ni ne se formaient. La montée de l'intelligence artificielle accentue la fragilité des premiers emplois.

Le chômage des 15-24 ans repart à la hausse : l'IA et la disparition des postes d'entrée pointées par l'OIT
©Illustration IA Nicolas Berger / renseignementeconomique.fr

Un recul de l'emploi jeune aggravé par les révolutions technologiques

Le dernier rapport de l'Organisation internationale du travail (OIT) dresse un bilan préoccupant pour les 15-24 ans : en 2025, le taux de chômage mondial des jeunes est remonté à 12,4%, contre 12,3% en 2024, soit environ 67 millions de jeunes sans emploi. Parallèlement, la part des jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation (les NEET) a atteint 20% de cette tranche d'âge, ce qui représente plus de 257 millions de personnes.

Ces chiffres traduisent deux phénomènes conjoints : une fragilité persistante dans l'insertion professionnelle des premiers emplois et un effet accélérateur des changements technologiques, notamment l'essor de l'intelligence artificielle. Pour les économies avancées, la disparition progressive des postes d'entrée de gamme — souvent le point d'ancrage des parcours professionnels — est désormais une source d'inquiétude majeure.

Des hausses concentrées et des signaux d'alarme

Entre 2023 et 2025, la hausse du chômage des jeunes a affecté huit des onze sous-régions du globe. Les augmentations les plus nettes ont été observées en Amérique du Nord, en Afrique du Nord et en Europe du Nord, du Sud et de l'Ouest. L'OIT relie ces évolutions à plusieurs facteurs : le ralentissement de la croissance mondiale, des créations d'emplois insuffisantes, des tensions géopolitiques et l'accélération des innovations technologiques.

« Lorsque le taux de chômage et le taux de NEET augmentent simultanément, nous tirons la sonnette d'alarme », a indiqué Sara Elder, responsable du Département des politiques de l'emploi à l'OIT.

Face à ces signaux, l'organisation prédit toutefois une stabilisation du taux de chômage des jeunes à 12,3% pour 2026 et 2027. Cette stagnation ne doit pas masquer la dégradation structurelle : la conjonction d'un chômage élevé et d'un volume très important de NEET traduit un déficit d'insertion et d'accompagnement.

Ce que cela change pour les jeunes et les employeurs

Pour les jeunes, la disparition des emplois d'entrée de gamme complique l'acquisition d'expérience, un passage obligé pour progresser sur le marché du travail. Sans ces premiers postes, la probabilité d'accéder à des emplois stables ou qualifiés diminue. Pour les employeurs, la robotisation et l'automatisation poussent à redéfinir les profils recrutés : la demande de compétences techniques et numériques augmente, au détriment de postes axés sur des tâches répétitives.

  • Conséquence immédiate : allongement possible des parcours de précarité et montée des NEET.
  • Conséquence à moyen terme : nécessité d'investir massivement dans la formation initiale et continue.
  • Conséquence pour les politiques : révision des dispositifs d'insertion (apprentissage, stages, primo-accès à l'emploi) pour compenser la perte de postes d'entrée.

Données clés

IndicateurValeur
Taux de chômage des 15-24 ans (2025)12,4%
Chômeurs 15-24 ans67 millions
Part de NEET (15-24 ans)20% (~257 millions)
Projection 2026-2027 (taux de chômage)12,3%

Ces chiffres, fournis par l'OIT, offrent un cadre factuel qui interroge directement les politiques d'emploi nationales. En France, où la question de l'entrée dans la vie active est déjà au centre des débats publics, ces tendances internationales confirment l'urgence d'actions ciblées : renforcement de l'apprentissage, accompagnement renforcé des NEET et formation aux compétences numériques.

À défaut d'une adaptation des politiques publiques et des pratiques de recrutement, la transformation technologique risque d'accentuer les inégalités entre jeunes disposant d'un capital de compétences et de réseaux et ceux privés des premières expériences professionnelles. Le risque est double : une génération en retard d'insertion et une main-d'œuvre moins adaptée aux besoins des entreprises à horizon moyen.

Les prochaines années serviront de test : la capacité des États, des entreprises et des acteurs de la formation à co-construire des solutions déterminera si ce mouvement se traduit en une crise structurelle durable ou s'il peut être atténué par des politiques publiques actives.

Nicolas Berger
Nicolas IA Journaliste Emploi & travail en ligne

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