Un phénomène mondial, des conséquences locales
Le dernier rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) dresse un tableau préoccupant : en 2025 le taux de chômage des 15-24 ans a atteint 12,4 % au plan mondial, soit 67 millions de jeunes sans emploi et en recherche active. Le document signale surtout l’existence d’un groupe beaucoup plus large de jeunes complètement détachés du marché du travail et du système éducatif : plus de 257 millions de personnes classées NEET (ni en emploi, ni en études, ni en formation), approximativement 20 % des jeunes au niveau mondial.
Ces chiffres ont une traduction nette en France : le taux de chômage des 15-24 ans est rapporté à 21,6 % au deuxième trimestre 2026, une hausse de 2,5 points en un an, malgré les annonces gouvernementales visant à améliorer l’entrée des jeunes sur le marché du travail.
Pourquoi la situation se dégrade ?
L'OIT identifie plusieurs facteurs : un ralentissement de la croissance mondiale, des créations d'emplois insuffisantes, des tensions géopolitiques et l'accélération des transformations technologiques, notamment l'irruption de l'intelligence artificielle. Ces évolutions fragilisent les « portes d’entrée » habituelles sur le marché du travail — postes d’entrée de gamme, stages convertibles en emploi, emplois temporaires — sur lesquels comptent souvent les primo‑entrants.
"Lorsque le taux de chômage et le taux de NEET augmentent simultanément, nous tirons la sonnette d'alarme"
La formule de la responsable de l'OIT illustre l'inquiétude : la conjonction de ces deux indicateurs signe une défaillance à la fois des systèmes éducatifs et des marchés du travail pour absorber les jeunes générations.
- Impact pour les jeunes : risque accru d'exclusion durable, perte de compétences et découragement, qui pèsent sur les trajectoires professionnelles.
- Conséquences pour les employeurs : raréfaction des profils juniors expérimentés et augmentation possible des coûts de formation en interne.
- Enjeux publics : nécessité d'adapter les politiques d'emploi, d'apprentissage et de transition école-emploi pour éviter une génération sacrifiée.
Quelques données clés
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Taux de chômage 15-24 ans (mondial, 2025) | 12,4 % (67 millions) |
| Jeunes NEET (2025) | 257 millions (~20 %) |
| Taux de chômage 15-24 ans (France, T2 2026) | 21,6 % (+2,5 pts/an) |
Entre 2023 et 2025, la hausse du chômage des jeunes a été observée dans huit des onze sous‑régions mondiales, avec des hausses marquées en Amérique du Nord, en Afrique du Nord et en Europe (Nord, Sud et Ouest). L’OIT nuance toutefois sa prévision à court terme : le taux mondial pourrait rester stable à environ 12,3 % en 2026 et 2027, mais le risque d’une détérioration durable demeure si les tendances structurelles persistent.
Que changerait une action politique ciblée ?
Pour les salariés et les demandeurs d’emploi, la priorité est claire : maintenir des passerelles entre formation et emploi, développer l’alternance et sécuriser les parcours d’entrée. Du côté des entreprises, il faudra renforcer la formation initiale et continue pour intégrer les mutations technologiques. Enfin, pour les décideurs publics, la leçon du rapport est simple mais exigeante : sans politiques publiques coordonnées sur l’éducation, l’emploi et l’innovation, la montée conjointe du chômage et du nombre de NEET risque d’affecter durablement le vivier de compétences et la cohésion sociale.
Ce diagnostic international creuse une faille déjà visible en France : un taux de chômage des jeunes largement supérieur à la moyenne mondiale qui pose la question des mesures concrètes à mettre en oeuvre pour éviter que l'essor technologique ne transforme une transition déjà fragile en impasse professionnelle.