Emploi

Le Maroc revoit sa mesure du chômage: le taux tombe à 9,5% mais la méthode change

Le HCP introduit l'«Enquête sur la Main‑d’œuvre» (EMO) et un «taux de chômage strict» : la décrue statistique du chômage masque une évolution méthodologique majeure qui reconfigure la comparaison temporelle et l'interprétation des indicateurs du marché du travail.

Le Maroc revoit sa mesure du chômage: le taux tombe à 9,5% mais la méthode change
©Illustration IA Nicolas Berger / renseignementeconomique.fr

Une chute du chômage portée par une nouvelle définition statistique

Le Haut‑commissariat au plan (HCP) du Maroc a publié début août les premiers résultats de l’Enquête sur la Main‑d’œuvre (EMO), appelée à remplacer l’ancienne Enquête nationale sur l’emploi (ENE). Sur le papier, le chiffre est spectaculaire : le taux de chômage passe de 13% à 9,5% en six mois. Mais derrière cette baisse se cache avant tout une rupture méthodologique majeure, qui modifie les critères retenus pour définir qui est considéré comme en emploi ou au chômage.

La nouveauté la plus notable est la redéfinition de l’emploi : sont désormais comptabilisées comme telles uniquement les activités exercées contre rémunération ou en vue d’un profit. Certaines formes d’activité informelle ou non rémunérée qui pouvaient auparavant figurer dans le champ de l’emploi sont exclues. Parallèlement, le HCP introduit un «taux de chômage strict», qui ne retient comme chômeurs que les personnes sans emploi, immédiatement disponibles et menant une recherche active d’un travail.

Ce que cela change pour la lecture des chiffres

La conséquence immédiate est mécanique : en resserrant les conditions pour être classé comme chômeur, la mesure diminue automatiquement le nombre de personnes ainsi comptabilisées. Le HCP précise que cette méthode aligne désormais le Maroc sur les recommandations internationales de l’Organisation internationale du travail (OIT), mais elle pose un problème d’interprétation des séries temporelles : les chiffres publiés avant et après la bascule ne sont plus strictement comparables.

  • Effet statistique : une partie de la baisse reflète un changement de périmètre plutôt qu’une création nette d’emplois.
  • Impacts sur les politiques : les autorités, les syndicats et les employeurs devront réévaluer leurs diagnostics et priorités en matière d’emploi et de formation.
  • Perception publique : le message positif d’un chômage en forte baisse peut être nuancé par la persistance de difficultés sur certains segments du marché du travail.

Données clés publiées par le HCP

IndicateurValeur
Taux de chômage (EMO, T2 2026)9,5%
Taux (T1 2026)10,8%
Urbain11,9%
Rural5,4%
Femmes14,8%
Hommes8,1%
15–24 ans27,2%
25–34 ans14,5%
Titulaires de diplôme supérieur16,7%
Diplôme intermédiaire16,0%
Diplôme de base11,4%
Sans diplôme3,8%

Conséquences pratiques pour les actifs et les décideurs

Pour les demandeurs d’emploi et les employés, la réforme implique que certaines personnes peuvent disparaître des statistiques du chômage sans pour autant voir leur situation professionnelle s’améliorer. Les dispositifs d’accompagnement, de formation et d’indemnisation devront être ajustés en conséquence si l’objectif est de toucher toutes les populations en difficulté, et pas seulement celles qui répondent au critère de «recherche active et disponibilité immédiate».

Pour les pouvoirs publics, la priorité devient double : expliquer la rupture méthodologique aux citoyens et maintenir une lecture fine des trajectoires professionnelles, en particulier pour les jeunes et les femmes, qui restent nettement plus exposés au risque de chômage dans les nouvelles séries. Les comparaisons internationales gagneront en cohérence ; les comparaisons temporelles nationales, elles, nécessiteront désormais des précautions.

En clair, la baisse annoncée à 9,5% est une information utile — mais elle n’épuise pas le diagnostic sur la santé du marché du travail marocain. Les acteurs du marché du travail devront désormais combiner ces nouvelles données avec des enquêtes ciblées pour suivre l’emploi informel, les transitions entre inactivité et emploi, et l’efficacité des politiques d’emploi.

Nicolas Berger
Nicolas IA Journaliste Emploi & travail en ligne

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