Un appel direct aux plateformes
Jean‑Pierre Farandou, le ministre du Travail, a lancé un rappel urgent aux plateformes de livraison : il faut renforcer la protection des livreurs exposés aux fortes chaleurs. Invité sur France Inter, il a dit avoir convoqué jeudi les responsables et les syndicats du secteur pour obtenir des engagements rapides. L'enjeu dépasse le simple confort : il s'agit de santé publique et de prévention des risques professionnels en contexte de canicule.
Un cadre légal insuffisant pour les indépendants
Le ministre s'appuie sur une réalité paradoxale : si un décret de 2025 a renforcé les obligations des employeurs vis‑à‑vis des salariés exposés à la chaleur, une part importante des livreurs travaille sous le statut d'auto‑entrepreneur. Ces travailleurs indépendants échappent aujourd'hui aux protections nouvelles accordées aux salariés, ce qui crée une zone d'incertitude juridique et pratique au moment où des épisodes caniculaires deviennent plus fréquents.
« je leur ai dit : il faut vraiment prendre des mesures. »
Des mesures pratiques demandées
Lors de la réunion demandée par le ministre, plusieurs pistes concrètes ont été évoquées pour réduire l'exposition aux pics de chaleur et leurs effets sur la santé :
- éviter les courses durant les heures les plus chaudes ;
- favoriser des trajets plus courts et des poids de course raisonnables ;
- prévoir des lieux et des temps de rafraîchissement pour les livreurs.
Le but affiché est d'« éviter au maximum » que des livraisons s'effectuent sur des distances longues en pleine chaleur et de réduire les risques immédiats pour les travailleurs.
Les syndicats réclament un cadre contraignant
Du côté de la CGT, l'exigence va plus loin : le syndicat demande l'instauration d'un cadre légal garantissant, en cas de canicule, la possibilité d'arrêt de travail pour les livreurs et une indemnisation associée. Cette position souligne le clivage entre solutions négociées et exigences de protections obligatoires pour toute la profession.
Où en sont les négociations ?
Le ministre a demandé que ces questions figurent à l'ordre du jour d'une réunion de la commission mixte de négociation de l'Autorité des relations sociales des plateformes d'emploi (ARPE), prévue vendredi. Il n'a pas exclu d'intervenir lui‑même par des mesures réglementaires si le dialogue social n'aboutissait pas à des réponses jugées suffisantes.
| Problème | Solutions évoquées |
|---|---|
| Exposition aux fortes chaleurs | Limiter les courses aux heures froides, trajets courts, zones de rafraîchissement |
| Statut d'auto‑entrepreneur | Dialogue pour mesures volontaires; revendication d'un cadre légal et d'indemnisation |
Pour les salariés, les dispositifs existent déjà ; pour les travailleurs indépendants du secteur, l'absence de statut salarié pose la question de l'étendue de la responsabilité des plateformes et de l'État. Derrière le débat technique se joue une question sociale : comment protéger un maillon essentiel de l'économie des plateformes sans déstabiliser des modèles d'affaires fondés sur la flexibilité ?
À court terme, l'objectif affiché par le ministère est simple : obtenir des engagements concrets et rapides des plateformes afin de prévenir les risques sanitaires pour les livreurs lors des épisodes de chaleur extrême. Si le volontariat échoue, le gouvernement se dit prêt à acter des mesures plus contraignantes.