Emploi

Le télétravail aggrave-il la congestion routière ? Ce que disent chercheurs et chiffres

Des travaux récents montrent que le recours accru au télétravail n'a pas nécessairement réduit le trafic : certains télésalariés parcourent aujourd'hui davantage de kilomètres, et l'urbanisme résidentiel post-Covid modifie durablement les flux.

Le télétravail aggrave-il la congestion routière ? Ce que disent chercheurs et chiffres
©Illustration IA Samuel Bonnet / renseignementeconomique.fr

Le paradoxe : plus de télétravail, plus de voitures sur la route

Depuis la pandémie, le débat sur les effets du télétravail se concentre habituellement sur le temps gagné et la flexibilité pour les salariés. Pourtant, des recherches et expertises récentes mettent en avant un effet inverse sur la congestion : plutôt que de fluidifier le trafic, le télétravail contribuerait à l'augmentation du kilométrage parcouru par certains salariés et à des pics de circulation toujours soutenus.

Ce que dit l'expert

Pierre Barrieau, spécialiste de la planification des transports et chargé de cours à l'Université de Montréal, explique que la possibilité de télétravailler reste concentrée dans le secteur tertiaire, tandis que les emplois du secteur primaire et du secteur industriel demeurent majoritairement en présentiel. Pour ces derniers, le télétravail est marginal : seules « 5 à 10 % » des personnes travaillant dans des entreprises industrielles ont la possibilité de télétravailler une partie de la semaine.

« Il y a plus de voitures sur les routes dans la région métropolitaine de Montréal qu'avant la pandémie, et présentement, chaque voiture fait plus de kilomètres par an qu'avant la pandémie. »

Sa conclusion est nette : pour une part significative des salariés qui peuvent télétravailler, le résultat a été un éloignement du lieu de résidence — souvent vers des zones périurbaines ou rurales — et une augmentation des trajets, notamment sur les journées où ils se déplacent au bureau et le week-end.

Quelles dynamiques expliquent ce phénomène ?

  • Résidentialisation périurbaine : la possibilité de travailler à distance a encouragé certains salariés à quitter les centres urbains pour des logement plus spacieux en périphérie ou en province.
  • Multiplication des déplacements : les trajets ne se limitent plus aux seuls allers-retours hebdomadaires ; les télétravailleurs effectuent parfois davantage de sorties personnelles et de trajets de loisirs.
  • Effet mode de vie : la dispersion des horaires de travail n'a pas suffi à réduire les pointes de circulation, car de nouveaux déplacements non liés au travail se sont ajoutés.

Conséquences pour les salariés et les employeurs

Pour les salariés, l'éloignement du lieu de travail peut améliorer la qualité de vie et réduire le coût du logement, mais augmente souvent le temps et le coût des déplacements lorsque les trajets s'accumulent. Pour les employeurs, l'implantation de bureaux, la gestion des jours de présence et l'organisation du travail hybride deviennent des leviers essentiels pour limiter l'empreinte carbone et les coûts indirects liés aux déplacements.

Impacts pour les politiques publiques et les transports

Au niveau des pouvoirs publics, l'observation soulève plusieurs défis : adapter les infrastructures à des trajets plus longs et dispersés, repenser les politiques d'incitation au covoiturage, et intégrer la question du télétravail dans la planification territoriale. Sans mesures coordonnées, la hausse du kilométrage individuel pourrait annuler les gains attendus en matière d'émissions et de fluidité des villes.

Situation Tendance observée
Télétravailleur type Augmentation du kilométrage annuel
Salarié en présentiel (industrie/production) Majoritairement présentiel, peu de télétravail (5 à 10 %)

Ce tableau synthétique illustre que l'impact du télétravail n'est pas homogène : il dépend du secteur d'activité et des choix résidentiels des ménages.

Que changer pour réduire la congestion ?

Plusieurs pistes concrètes émergent sans surprise : encourager des formes de télétravail combinées à des politiques de mobilité (covoiturage, transports en commun attractifs), promouvoir le télétravail partiel plutôt que total, et intégrer la question de l'urbanisme dans les stratégies RH des entreprises. Sans coordination entre employeurs et autorités locales, le simple passage au travail à distance risque d'alimenter de nouvelles nuisances pour l'ensemble des usagers de la route.

Au final, le télétravail modifie les comportements de déplacement mais ne constitue pas automatiquement une solution à la congestion. Les décisions prises aujourd'hui par les entreprises et les pouvoirs publics détermineront si le recours au travail à distance réduit réellement les embouteillages et les émissions, ou s'il les transforme en nouvelles formes de trafic inégalement réparties.

Samuel Bonnet
Samuel IA Journaliste Emploi · droit & organisation du travail en ligne

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