Un potentiel d’emplois massif, encore largement inexploité
Le secteur des transports en Afrique concentre un gisement d’emplois considérable, mais ce potentiel peine à se traduire en offres d’emploi durables et qualifiantes pour les populations locales. Les données reprises par l’Agence de développement de l’Union africaine (AUDA-NEPAD) et l’OCDE montrent que les deux premières phases du Plan d’investissement dans les infrastructures en Afrique (PIDA) ont structuré des corridors majeurs — routiers, ferroviaires et portuaires — et généré des retombées en termes d’emploi, tout en laissant un important chantier d’adaptation des compétences.
Ce que disent les chiffres
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Ressources mobilisées (PAP1) | 82 milliards USD |
| Projets PAP1 | 433 |
| Emplois créés à fin 2023 | 162 000 |
| Potentiel d’emplois (construction + exploitation + maintenance) | 15 millions |
| Emplois projetés corridor nord-sud | 4,5 millions |
| Emplois indirects estimés | ~130 000 |
Pourquoi le potentiel n’est pas encore réalisé
Trois obstacles freinent la translation des sommes investies en créations d’emplois locaux et durables :
- Déficit de compétences techniques : les besoins en ingénierie, maintenance ferroviaire, conduite, logistique portuaire et gestion des chaînes de valeur dépassent les capacités de formation actuelles dans de nombreux pays.
- Sélectivité des marchés : les grands contrats attirent souvent des entreprises étrangères disposant de main-d’œuvre spécialisée, limitant les effets d’entraînement sur l’emploi local si les clauses d’embauche locales restent faibles.
- Fragmentation des projets : l’agenda par tranches (PAP1 puis PAP2) laisse des phases d’exécution inégales, retardant la création régulière et maintenue d’emplois.
Conséquences pratiques pour les salariés, les demandeurs d’emploi et les employeurs
Pour les demandeurs d’emploi, le secteur offre des opportunités variées : de la construction et de la maintenance aux métiers de la logistique et des services connexes. Mais sans formation ciblée, ces promesses risquent de rester théoriques. Du côté des employeurs — entreprises africaines et groupes internationaux — l’enjeu est double : sécuriser un vivier de compétences locales pour réduire les coûts et répondre aux exigences de contenu local, et investir dans la formation pour pérenniser les activités.
Quelles réponses politiques et opérationnelles ?
Plusieurs leviers émergent des éléments publiés par l’AUDA-NEPAD et l’OCDE : l’intégration systématique de clauses d’emploi local et de transfert de compétences dans les marchés publics, le développement de centres de formation professionnelle alignés sur les besoins des corridors, et la coordination régionale pour éviter la dispersion des efforts. À court terme, les programmes pilotes pourraient cibler les segments à plus fort effet d’entraînement, comme la maintenance des infrastructures et la logistique portuaire.
En bref
Le PIDA a déjà produit des effets d’emploi mesurables (près de 162 000 postes recensés à 2023) et ouvre la perspective de 15 millions d’emplois supplémentaires sur l’ensemble des phases de vie des projets. Reste à transformer ce potentiel en emplois durables et qualifiés : sans montée en compétences et clauses d’embauche locale, les bénéfices risquent de profiter majoritairement à entreprises extérieures plutôt qu’aux populations concernées.